La Chine a récemment secoué le petit monde spatial en déposant un projet titanesque : 200 000 satellites en orbite basse et moyenne. Si ce chiffre donne le vertige, il n’est pas seulement question de technologie ou de connectivité. Cette initiative cache une manœuvre stratégique aux implications géopolitiques considérables.

Réserver l’espace avant les autres : une course aux orbites déguisée en projet technologique
À première vue, l’annonce a de quoi faire lever les yeux au ciel — au sens propre. Déployer près de 200 000 satellites, c’est plus de 50 fois la constellation Starlink actuelle. En décembre 2025, la Chine a adressé deux dépôts massifs à l’Union internationale des télécommunications (UIT). Elle souhaite officialiser les constellations CTC-1 et CTC-2, totalisant chacune 96 714 satellites.
Ce n’est pas un calendrier de lancement, mais une réservation stratégique. En effet, cette démesure révèle une logique d’occupation de l’espace orbital avant saturation. Les bandes de fréquences et créneaux d’orbite basse sont limités. Les obtenir en priorité, c’est s’assurer une position dominante dans le futur marché de la connectivité mondiale.
Ce geste, qui semble extravagant, répond à une compétition féroce. SpaceX, Amazon, OneWeb : les géants américains quadrillent déjà le ciel. Pékin veut éviter de se retrouver à la traîne. Ce dépôt massif, en apparence technique, est en réalité un acte diplomatique. C’est une démonstration de puissance discrète, mais redoutablement efficace.
Une industrie spatiale chinoise encore en rodage mais dopée par l’urgence stratégique
Concrètement, la Chine est loin d’être prête à produire et lancer à ce rythme. Pour atteindre ce chiffre d’ici dix ans, il faudrait plusieurs centaines de lancements par an. En comparaison, le pays a signé 92 tirs en 2025, son record. Pourtant, il serait naïf de sous-estimer la capacité d’accélération chinoise. Pékin investit massivement dans sa filière spatiale. Elle soutient des start-ups prometteuses, renforce ses géants publics comme CASC ou GalaxySpace, et développe des bases de lancement maritimes.
Cela permet de contourner les contraintes terrestres et d’augmenter la cadence. Ainsi, on pourrait assister à une montée en puissance progressive. Des déploiements ciblés s’ajouteraient à une pression réglementaire constante sur les concurrents, grâce aux droits d’usage prioritaires déjà acquis. Cette stratégie mêle technologie, tactique et calcul politique.
Derrière les promesses d’Internet mondial : une stratégie spatiale à forte dimension militaire et politique
Il ne s’agit pas uniquement d’apporter l’internet haut débit aux zones rurales ou isolées. En réalité, cette ambition cache un enjeu bien plus vaste. Celui de la domination des infrastructures critiques à l’échelle mondiale. En multipliant les satellites, la Chine pourrait maîtriser une part significative des communications mondiales. Elle serait aussi capable de surveiller ou brouiller les réseaux adverses, tout en captant des données sensibles via l’observation terrestre.
Par ailleurs, elle installerait une présence symbolique forte dans la bataille pour la suprématie spatiale. Face à la montée en puissance américaine, Pékin choisit une stratégie d’occupation de l’espace. Le pari est audacieux, mais cohérent. Celui qui tient le ciel pourrait bientôt contrôler les leviers de la puissance économique, militaire et diplomatique.
Saturation de l’orbite basse : vers un embouteillage spatial ingérable ?
Cette frénésie soulève une autre question, plus urgente encore : notre orbite peut-elle absorber un tel afflux de satellites ? Depuis des années, les scientifiques alertent sur les risques croissants de collision. Ils dénoncent aussi l’apparition de débris incontrôlables et le fameux syndrome de Kessler.
Autrefois vaste et libre, l’espace devient une zone de forte densité, presque routière. Les trajectoires s’entrecroisent à des vitesses vertigineuses. Une seule erreur ou défaillance pourrait déclencher un effet domino dramatique à l’échelle globale. L’UIT encadre ces dépôts avec des délais d’activation.
Si la Chine ne lance pas ses satellites dans les temps, elle perdra ses droits. Pourtant, même un déploiement partiel suffirait à compliquer l’accès des autres acteurs. Au fond, derrière l’ambition technique, se cache un jeu d’influence mené par satellites interposés et règlements internationaux.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Télé Satellite Numérique
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