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Découvrez le phénomène Making a Murderer, la série qui ébranle le système judiciaire américain

Que ce soit en défense de l’accusé ou dans le retranchement de leurs convictions, les abonnés Netflix ont fait de Making a Murderer le nouveau phénomène dans l’univers des séries. À la différence près qu’il s’agit ici d’une série documentaire et que l’on parle de l’incarcération d’un innocent pendant de nombreuses années. Condamné une seconde fois après sa sortie, Steven Avery est destiné à vivre sa vie en prison. Lumière sur une affaire à vous glacer le sang.

 

Steven Avery est né le 9 juillet 1962 dans le comté de Manitowoc dans le Wisconsin (centre/nord-est des États-Unis). Quelques mots sur le passé du protagoniste de la série, ou plus exactement sur son casier judiciaire. Il est premièrement arrêté à l’âge de 18 ans pour avoir vandalisé un bar. Résultat : dix mois derrière les barreaux et cinq ans de liberté conditionnelle. Quelques mois plus tard, il écope de neuf mois de prison. Pourquoi ? Cruauté animale. Avery avait immergé son chat d’essence et l’avait jeté dans un feu de camp. À 23 ans, il est accusé d’avoir pointé une arme chargée sur sa cousine de laquelle il voulait se rapprocher.

 

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Plusieurs jeunes femmes l’ont accusé de viols et durant quelques-uns de ses séjours en prison, Avery a été vu en train de dessiner des diagrammes de chambre de torture pour piéger des femmes. Une série d’informations loin d’être exhaustive que la série de Laura Ricciardi et Moira Demos prend soin d’omettre ou de révéler qu’à moitié. De là, lorsque Penny Beernsten l’accuse de viol et tentative de meurtre en 1985, peu de gens dans les forces de l’ordre cherchent à la contredire. Avery plaide son innocence tout du long. Coup d’épée dans l’eau puisqu’il est envoyé en prison sans que quiconque fasse attention à sa défense.

En 2002, le Wisconsin Innocence Project, un organisme se chargeant de délivrer des innocents, examine le cas d’Avery et ordonne de nouveaux tests ADN. Ces derniers prouvent en effet l’innocence d’Avery et il est relâché en 2003. Le vrai violeur était en réalité Gregory Allen, déjà incarcéré pour d’autres crimes. Steven Avery a donc passé dix-huit ans de sa vie en prison pour rien. C’est un fait tragique qui sensibilise directement le spectateur. Là est tout l’angle de la série qui est avant tout un traitement sélectif de l’affaire suivante. Oui, car l’histoire est loin d’être terminée.

 

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Après avoir fait un procès en réclamant 36 millions de dollars pour son incarcération en surfant sur le choc et la médiatisation de son histoire, Steven Avery profite de deux ans de liberté. Le 31 octobre 2005, Steven Avery engage la photographe Teresa Halbach. Le rendez-vous se déroule à la casse automobile d’Avery, selon lui pour photographier un véhicule à vendre. Le même jour, Teresa Halbach est portée disparue. Les yeux se tournent naturellement vers Avery, mais sa fausse incarcération place directement une auréole au-dessus de sa tête et les forces de l’ordre sont très fébriles à l’idée d’inculper une seconde fois le même homme par erreur.

Le 11 novembre suivant, Avery est accusé du meurtre de la photographe. La voiture de cette dernière est en effet retrouvée dans la casse. À l’intérieur, des os humains calcinés. Avery continue de plaider son innocence, en affirmant que les forces de l’ordre font cela pour qu’il perde sa nouvelle crédibilité par rapport à l’ancienne affaire. Quelques mois plus tard, le neveu de Steven, Brendan Dassey, est inculpé après avoir confessé sa participation au viol, au meurtre et à la mutilation de Halbach. Il faut attendre juin 2007 pour le verdict qui condamne Avery à perpétuité.

 

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Malgré le sensationnalisme de la série et cette impression que l’on entend seulement la version de la défense, le traitement soulève des questions intéressantes. Le titre évocateur Making a Murderer suggère déjà que malgré son innocence lors de la première affaire, Steven Avery est devenu un homme potentiellement dangereux après avoir passé dix-huit ans en prison. Ou bien est-il présenté en tant que meurtrier par les forces de l’ordre pour maquiller leur incompétence lors de la première affaire ?

Le documentaire est teinté de complots et de mystères et l’on ne peut pas dire qu’il loupe souvent sa cible. La figure de Steven Avery entretient la fascination du spectateur. Il est toujours le centre d’attention, mais presque jamais présent. On on entend des enregistrements de sa voix, on entend sa famille, son entourage parler de lui, mais sa personne reste évasive. On ne sait jamais réellement comment le considérer. Est-ce qu’il a profité du coup médiatique de sa première affaire pour assassiner la photographe en se pensant intouchable ? À l’inverse, est-il l’éternelle victime des forces de l’ordre tentant de rattraper leurs erreurs passées ?

 

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Le vrai problème avec Making a Murderer, et ce malgré sa réalisation impeccable, c’est de condenser une histoire qui s’étend sur vingt ans avec des centaines et des centaines d’heures de procès, des mois d’enquêtes et différentes versions de l’histoire en dix épisodes d’une heure mettant l’accent sur la défense. Making a Murderer cherche à toucher, à choquer, à révolter et y parvient avec succès. Le seul danger, après avoir enfermé à tort un innocent, serait de relâcher un coupable parce que l’opinion publique fut émotionnellement impliquée dans une procédure judiciaire.

En effet, en janvier 2016, trois semaines après la sortie de la série, Kathleen Zellner, l’une des avocates les plus réputées des États-Unis spécialisée dans la remise en liberté de prisonniers innocents, à repris l’affaire à son compte pour défendre Steven Avery. Ce dernier est emprisonné depuis 2007 et selon le procureur en charge de l’affaire, « il est exactement là où il est censé être ». Il en reste une série documentaire extrêmement envoûtante, qui immerge complètement le spectateur dans une histoire mystérieuse dont on attend encore le dénouement final sans que l’on puisse savoir s’il viendra un jour.

 

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Making a Murderer a eu le succès espéré par ses deux créatrices. Dix ans de préparation pour le développement de cette série documentaire renversante. Un investissement de temps incroyable qui laisse malheureusement ses marques quant à l’impartialité du traitement de l’affaire. Une série qui reçoit et mérite ses louanges d’un point de vue narratif, mais qui par son omission d’éléments clefs perd un peu de sa crédibilité. Et vous, de quel côté êtes-vous dans l’affaire de Steven Avery ?

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— Claude

Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui.