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Les Moai de l’île de Pâques avaient des yeux de corail, et leur regard visait les villages plutôt que l’océan

Les Moai de l’île de Pâques sont souvent imaginés comme des gardiens aux orbites vides fixant l’océan. Cette image est pourtant trompeuse. Une découverte faite à la fin des années 1970 a montré que ces statues portaient des yeux incrustés, posés au moment où elles prenaient place sur leur plateforme.

Statue Moai en pierre volcanique dressée sur sa plateforme, avec des yeux reconstitués en corail blanc et pupilles sombres, face à une prairie, l'océan derrière elle
Les Moai portaient autrefois des yeux de corail blanc et de scorie ou d’obsidienne. Un seul porte aujourd’hui des yeux reconstitués. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

La plupart des quelque 900 Moai tournent le dos à l’océan pour veiller sur les communautés qui les ont élevés

Contrairement à une idée répandue, la grande majorité des Moai installés sur leur plateforme, appelée ahu, regardent vers l’intérieur de l’île. Ils font face aux anciens villages, et non à la mer. Cette orientation s’accorde avec leur rôle supposé d’ancêtres protecteurs, chargés de veiller sur leurs descendants.

Il existe cependant des exceptions. Les sept statues de l’Ahu Akivi, situé à l’intérieur des terres, sont tournées vers l’océan. Selon la tradition orale, elles représenteraient des explorateurs envoyés par le chef fondateur Hotu Matu’a, une interprétation qui reste discutée.

Au total, environ 900 Moai ont été recensés, dont près de 400 dans la carrière de Rano Raraku, où certains géants restent enfouis. Ainsi, une grande partie des statues n’a jamais quitté son lieu de fabrication.

En 1978, à Anakena, la découverte d’un œil de corail blanc de 35 cm a révélé que les statues avaient un regard

La découverte date de 1978, lors de la restauration de l’Ahu Nau Nau, sur la plage d’Anakena. L’archéologue Sonia Haoa met au jour, dans le sable près d’une statue renversée, des fragments de corail blanc et un disque de scorie rouge. Une fois assemblés, ils forment un œil ovale d’environ 35 centimètres qui s’emboîte parfaitement dans l’orbite de la statue.

L’équipe dirigée par l’archéologue rapanui Sergio Rapu en tire une conclusion majeure, rendue publique en 1979. Ainsi, les orbites creusées de nombreuses statues étaient conçues pour recevoir des yeux incrustés. Le blanc de l’œil était en corail, tandis que la pupille était faite de scorie rouge ou d’obsidienne noire.

Les orbites n’étaient creusées qu’après l’installation du Moai sur sa plateforme, lors d’une étape qui l’animait

Un autre indice frappe les chercheurs. Les statues restées dans la carrière ou abandonnées le long des routes de transport ne présentent pas d’orbites creusées. Dès lors, les archéologues estiment que les cavités oculaires étaient taillées une fois le Moai installé sur sa plateforme.

Pour de nombreux spécialistes, la pose des yeux marquait un moment rituel essentiel. La statue devenait alors porteuse du mana, la force spirituelle des ancêtres, et pouvait veiller sur la communauté. Cependant, le sens exact de ce geste reste débattu, faute de témoignages écrits de l’époque.

Fragiles et souvent brisés, ces yeux ont presque tous disparu, si bien qu’un seul Moai porte aujourd’hui une réplique

Le corail résiste mal au temps, et les statues ont pour la plupart été renversées lors de conflits entre clans, avant le milieu du XIXe siècle. Par conséquent, presque tous les yeux se sont brisés ou ont été perdus. Depuis 1978, seuls quelques autres fragments ont été retrouvés lors de fouilles.

Aujourd’hui, seul le Moai de Ko Te Riku, à Tahai près de Hanga Roa, porte des yeux reconstitués. Il donne une idée saisissante de l’allure de ces statues à leur époque. Ainsi, ces visages que l’on croyait impassibles affichaient autrefois un regard intense, tourné vers les vivants.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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