La franchise Assassin’s Creed s’est rapidement fait un nom dans le monde du jeu vidéo. Dans ces titres, le joueur incarne un Assassin (ou « Hashshashin ») qui se bat contre les Templiers. Mais la réalité n’est pas si loin du jeu vidéo. Les Assassins dépeints dans cette saga ont bel et bien existé, mais il s’agissait d’une secte de dissidents fanatiques chiites.

Un contexte de désaccords religieux

En 661, le clan arabe des Omeyyades s’empare de l’empire, et instaure alors le premier califat. Malheureusement, ils sont considérés comme des usurpateurs au pouvoir. D’après de nombreux musulmans, l’authentique souverain ne peut être qu’un membre de la famille du prophète Mahomet.

La question du véritable successeur crée de nombreuses divergences au sein du monde musulman. Beaucoup ne considèrent pas le calife comme « l’imam qui les mènera au salut dans l’au-delà ». Et Mahomet n’a pas eu de fils, ce qui complique un petit peu les choses… Au milieu du VIIIe siècle, la dynastie des Abbassides naît. C’est un descendant d’un oncle de Mahomet, du nom d’Al Abbas, qui devient calife.

Théoriquement, tout devait s’arranger. Mais là encore pour certains musulmans, il n’est pas le véritable imam. L’authentique souverain n’est pas un descendant d’un oncle de Mahomet mais celui de son cousin, Ali. Ali qui a épousé une des filles du Prophète, Fatima, et a engendré la seule et unique descendance masculine. Il serait donc le mieux placé pour prétendre la place d’imam authentique. Mais aucune trace de cet éventuel calife.

Une propagande ismaélienne souterraine

Alors, une autre branche de l’islam, celle des ismaéliens, se soulève contre le califat en place. Eux aussi attendent avec impatience le retour du dernier imam : El Mahdi Mountadhar. Le « guide attendu » par beaucoup de musulmans, celui qu’on appelle aussi Khalifat Allah n’est pas un Abbasside.

Un mouvement clandestin s’organise alors avec une propagande souterraine. Des missionnaires sont envoyés pour propager leur doctrine et préparer une éventuelle action. Abu Abd Allah, un des missionnaires ismaéliens, se révolte, et parvient à s’allier avec des tribus berbères de Tunisie et d’Algérie. Un nouveau califat naît.

Forteresse d’Alamut
Dash Payam / Creative Commons

Ubayd Allah, l’un des principaux chefs du mouvement souterrain ismaélien, est alors reconnu comme El Madhi. Il se prétend descendant d’Ali et de Fatima, et instaure alors le califat des Fatimides. Il est reconnu comme étant le « Dirigeant élu par Dieu » par les ismaéliens. Tout semble s’arranger. Mais là encore, rien n’est joué.

L’arrivée du Vieux de la Montagne

C’est dans un nouveau contexte de crise économique et politique que la ligue des Assassins naît. En effet, à la fin du XIe siècle le califat en place est très faible. Al Mustansir confie alors les rênes du pouvoir à un vizir du nom d’Al Afdal. A la mort du calife, le vizir avide de pouvoir supplante le trône au fils considéré comme légitime, Nizar. Le nom du successeur étant gardé secret jusu’à la mort du calife, les rumeurs et les contestations sur la légitimité du nouveau souverain vont bon train. Nizar se rebelle, il veut sa place de calife, mais le vizir le fait emmurer vivant après l’avoir poursuivi jusqu’à Alexandrie.

C’est alors qu’un missionnaire du nom de Hasan ibn al-Sabbah entraîne avec lui de nombreux ismaéliens dissidents. Mais Nizar a disparu. Aucune trace de son corps. Alors Hasan ibn al-Sabbah devint l’autorité suprême des nizarites. Il s’est déjà emparé de la forteresse d’Alamut, forteresse presque imprenable en Iran. Elle devient alors le fief de la ligue des Assassins, un groupe de contestataires qui va bientôt faire beaucoup parler de lui. C’est d’Alamut, appelé aussi « nid d’aigle » (encore une refèrence à Assassin’s Creed), que tous les assassinats politiques sont organisés. C’est le début de la légende de ce groupe dissident qui va faire planer un vent de terreur pendant près de deux siècles.

Mais Hasan ibn al-Sabbah n’est pas que le maître des Assassins, il est aussi un grand contributeur à sa confession musulmane. Ses écrits ont contribué à réformer l’ismaélisme. Il est considéré aujourd’hui comme le maître des nizarites et son tombeau est devenu un sanctuaire.

La naissance de la légende des Assassins

Le terme d’assassin viendrait de l’arabe hashishi qui signifie « buveur de haschisch ». La légende raconte que leur maître leur ferait boire une boisson faite avec du cannabis. Une sorte de thé au haschisch. Après avoir bu cette délicieuse boisson, ils pouvaient ainsi entrevoir le paradis. Par la même occasion leur maître pouvait les pousser au martyre et à commettre des crimes. Les Assassins deviennent une secte fanatique prête à tout pour faire tomber le califat.

Forteresse de Masyaf
— © Ubisoft – Assassin’s Creed / YouTube

Ils sont craints et particulièrement actifs. Ce sont eux qui ont assassiné Al Mustarchid en 1135 et Al Rachid en 1138, mais aussi de nombreuses autres personnes proches du pouvoir. La crainte qu’ils inspirent est telle que ceux qui sont en lien avec le califat se déplacent uniquement avec une cotte de mailles sous leurs vêtements.

Les Assassins d’Alamut continuèrent ainsi leurs assassinats politiques pendant des années. Et le nouveau « Vieux de la Montagne », Rachid ad Din Sinan prit ses quartiers dans diverses forteresses, comme Masyaf (encore un lien avec le premier opus d’Assassin’s Creed). Rachid ad Din Sinan est certainement le deuxième maître de la ligue des Assassins le plus connu. Allié puis ennemi des Templiers, pendant trente ans, il va faire planer un sentiment d’insécurité et de terreur en Syrie. Il fait assassiner le roi de Jérusalem, Conrad de Montferrat, en 1192.

Alamut tombe sous les coups des Mongols

C’est en 1256 que tout bascule pour les Assassins. La forteresse d’Alamut est prise par les Mongols. Les nizarites s’enfuient alors au quatre coins du Moyen-Orient. Et c’est en Inde, dans la communauté des Khojas, que les nizarites trouvent refuge. Leur imam actuel, l’Aga Khan IV, réside aujourd’hui entre Londres et Paris.

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QuentinChris Auteurs de commentaires récents
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Chris
Invité
Chris

Ce jeu est une pure fiction. Jouer les amalgames avec le terrorisme actuel n’est rien d’autre que du putaclic. Je joue à ce jeu depuis le premier opus et je ne me sens investis d’aucune mission. Vous qui écrivez cet article y avez-vous jouer une seule fois ? Si tel… Lire la suite »

Quentin
Invité
Quentin

Pourquoi cette réaction ? L’article ne fait qu’évoquer des réalités historiques.
Ce n’est pas une critique de la saga AC. Et aucun lien n’est fait avec le terrorisme moderne. J’ai relu l’article au cas, où…
Personne n’a été accusé d’être « investi d’une mission », comme vous dites.
Pourquoi cette réaction ?