Taret (en médaillon) et ses galeries — USGS / Rosser1954 / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0

Ayant fait couler des navires et fait s’effondrer de nombreux quais, les tarets sont des mangeurs de bois particulièrement voraces. Pourtant, les chercheurs ignorent toujours comment ces créatures peuvent dévorer autant de matière en si peu de temps.

Un mystère tenace

Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Frontiers in Microbiology, Reuben Shipway et ses collègues de l’université de Portsmouth ont cherché à en savoir plus sur ces « termites des mers », évoqués par les Grecs il y a des milliers d’années, et dont les ravages avaient décimé la flotte de Christophe Colomb. « Comparés aux animaux xylophages terrestres, comme les termites, les tarets ont été largement négligés par les scientifiques », souligne le chercheur. « En conséquence, nous savons très peu de choses sur la façon dont ces organismes marins essentiels digèrent les matières végétales ligneuses. »

La digestion implique généralement des microbes, mais ce n’est que récemment que l’on a découvert que les tarets, qui sont en fait des palourdes d’eau salée, possédaient des intestins stériles. Si leurs branchies peuvent libérer des enzymes pour digérer la cellulose, les chercheurs ne parviennent pas à comprendre comment les bivalves parviennent à détruire la lignine, le « béton » contenant les sucres du bois.

Les tarets ne semblent pas s’attaquer à la lignine de la même manière que les animaux terrestres qui dévorent le bois, comme les termites et les vers de terre. Il leur manque les enzymes qui décomposent habituellement cette matière. « J’ai passé au peigne fin l’ensemble des génomes de cinq espèces différentes de tarets, à la recherche de groupes de protéines spécifiques créant les enzymes que nous savons capables de digérer la lignine », explique le microbiologiste Stefanos Stravoravdis, de l’université du Massachusetts. « En vain. »

Le ver marin Lyrodus pedicellatus — © Manuel Caballer / Wikimedia Commons / CC BY SA 3.0

Des recherches antérieures sur ce groupe de créatures n’avaient pas non plus permis d’identifier d’enzymes connues pour décomposer la lignine (seulement celles qui décomposent la cellulose). Cependant, les enzymes ne sont pas le seul moyen pour un organisme de s’attaquer à la matière ligneuse.

Des stratégies non enzymatiques

Autres crustacés marins xylophages n’utilisant pas d’enzymes pour décomposer la lignine, les limnorias possèdent un intestin produisant des hémocyanines, protéines capables de rendre la lignine plus poreuse, ce qui permet à d’autres enzymes de pénétrer et de décomposer la cellulose qu’elle contient. Certains organismes fongiques utilisent également une stratégie non enzymatique pour dévorer le bois. Le champignon de la pourriture brune s’appuie ainsi sur un ensemble d’espèces de protéines réactives à l’oxygène, décomposant la lignine encore plus rapidement.

Si les tarets sont aujourd’hui beaucoup moins gênants pour nos infrastructures, ils restent des acteurs importants de certains écosystèmes. Étudier le système digestif de ces créatures marines et comprendre comment elles parviennent à digérer tout ce bois pourrait également conduire à la découverte de formes d’énergie plus vertes. Pour l’heure, l’accès aux biocarburants à partir des surplus de bois est un processus coûteux et inefficace, mais il y a sans doute quelque chose à apprendre des animaux et des champignons qui s’attaquent à ce substrat coriace depuis bien plus longtemps que nous.

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