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Une usine jette 12 000 tonnes d’écorces d’oranges et donne naissance par accident à une forêt

Quand on s'essaie à l'économie circulaire, les résultats dépassent les espérances

Les produits alimentaires sont aujourd’hui toujours plus gaspillés et les déchets ne sont pas encore complètement réutilisés de la manière la plus respectueuse qu’il soit pour l’environnement. C’est la raison pour laquelle deux écologistes, Daniel Janzen et Winnie Hallwachs, se sont associés dans les années 90 avec une entreprise locale de production de jus d’orange dans le nord du Costa Rica afin de reverdir ces terres abîmées.

Les prémices de cette initiative

En 1996, les écologistes de l’université de Pennsylvanie aux Etats-Unis, Daniel Janzen et Winnie Hallwachs, décident se s’associer avec l’entreprise de transformation de jus Del Oro au Costa Rica. Celle-ci venait justement de commencer sa production le long de la frontière nord de la zone de conservation de Guanacaste. Ils souhaitaient mettre au premier plan l’importance des déchets agricoles pour redorer la végétation et réduire l’empreinte carbone.

Conquise par cette initiative, Del Oro leur offre un terrain situé à côté de l’usine, non loin de Guanacaste. En échange, ils doivent prendre intégralement en charge la gestion des déchets produits par l’entreprise. Ainsi, 1000 camions ont déversé sur cette zone 12 000 tonnes de pelures d’oranges.

https://twitter.com/fbosquesagradom/status/993921339294613505

Malheureusement, la situation se dégrade en 1998. En effet, le grand rival de Del Oro, TicoFrut, débute des poursuites judiciaires contre l’entreprise. Pour quelles raisons ? Elle l’accuse de polluer un parc national, le sol, les rivières. Elle serait également à l’origine du développement de certaines maladies. Compte tenu de la situation, le projet est annulé. Les accusations faites sont principalement de nature économique. Elles concernent des conflits d’intérêts entre les deux entreprises.

Des résultats surprenants

Malgré l’arrêt du projet, les déchets d’oranges sont restés sur les sols. Les résultats sont surprenants ! En 2013, une équipe de scientifiques de l’université de Princeton, aux Etats-Unis, s’est rendue sur ce terrain. A leur plus grand étonnement, une forêt verdoyante et luxuriante y avait poussé. Stupéfait, Timothy Treuer, le scientifique qui a dirigé l’expédition, s’est exprimé : « Le terrain était tellement envahi d’arbres et de vignes que je ne pouvais même plus voir le panneau de deux mètres de haut avec des lettres jaune vif marquant la limite du site, qui n’était pourtant qu’à quelques mètres de la route. » Ce projet était donc concluant.

En comparant le terrain à une zone sans pelures d’oranges, l’équipe a pu constater que les épluchures d’oranges avaient permis d’augmenter de 176 % la biomasse de ce lieu. Le sol était d’une richesse impressionnante et la biodiversité s’y était considérablement étendue. Résultats d’une décomposition des déchets réalisée par des larves de mouches et des champignons.

https://twitter.com/Rolysanchez21/status/1183446572404760576

Les épluchures d’oranges : un moyen efficace pour redorer notre écosystème et favoriser le recyclage

Face à de tels résultats, nous nous demandons comment de simples pelures d’oranges peuvent faire refleurir en peu de temps un espace délaissé. « C’est la question à un million de dollars à laquelle je n’ai pas encore la réponse. Je soupçonne fortement qu’il s’est produit une sorte de synergie entre l’élimination de l’herbe invasive et la revitalisation des sols sévèrement dégradés« , explique Timothy Treuer.

Les peaux d’oranges seraient donc des déchets riches en nutriments. De plus, elles auraient permis d’offrir aux sols dégradés les outils nécessaires pour refleurir et renaître. Cela laisse sous-entendre que les déchets alimentaires seraient une solution efficace pour restaurer des forêts tropicales et nous permettre de lutter contre la déforestation.

Ainsi, cette initiative permettrait de lutter contre le gaspillage alimentaire. Les épluchures ou autres déchets pourraient devenir des engrais naturels pour redorer notre écosystème. Timothy Treuer alerte tout de même sur un point important : « Ce n’est pas un feu vert pour qu’une entreprise agricole commence à jeter ses déchets sur des zones protégées. Cela signifie que (nous) devrions commencer à penser à des façons de faire des expériences sérieuses pour voir si dans ce système particulier, on ne peut pas obtenir des résultats gagnant-gagnant similaires. »

— kisa2014 / Shutterstock.com

Par Cécile Breton, le

Source: Geo

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