Bien avant de devenir la meilleure amie du bûcheron et une arme iconique dans les films d’horreur, la tronçonneuse a été utilisée pendant des siècles pour faciliter les accouchements.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les protocoles médicaux employés étaient bien différents de ceux que nous connaissons aujourd’hui. L’hygiène hospitalière laissait fortement à désirer, l’anesthésie n’en était encore qu’à ses balbutiements, et la santé des personnes de l’époque également bien plus fragile.
Chaque fois qu’une patiente souffrait de complications lors de l’accouchement, les risques de décès se révélaient extrêmement élevés. La césarienne étant à l’époque considérée comme une opération dangereuse en raison du risque élevé d’infection, les médecins se tournaient vers des techniques paraissant aujourd’hui bien barbares.
L’une d’entre elles était connue sous le nom de symphysiotomie. Privilégiée par les médecins du début du XVIe siècle à la fin du XIXe, elle est aujourd’hui largement décriée par les professionnels de santé, pour des raisons assez évidentes.

UNE PROCÉDURE UTILISÉE PENDANT PRÈS DE 300 ANS
Documentée pour la première fois en 1597, cette procédure impliquait l’agrandissement du diamètre pelvien de la mère en sectionnant partiellement les fibres qui reliaient les os pubiens à l’avant du bassin. Une méthode d’accouchement considérée comme l’une des plus sûres durant près de 300 ans.
Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les médecins utilisaient un simple couteau pour réaliser une symphysiotomie. Une méthode qui prenait non seulement du temps, mais s’avérait aussi peu précise et extrêmement douloureuse pour la patiente.
Au milieu des années 1780, les médecins écossais John Aitken et James Jeffray ont mis au point un nouveau dispositif pour améliorer la procédure. Il s’agissait en fait d’une chaîne mécanique actionnée manuellement permettant une coupe plus précise et régulière. Le concept de la tronçonneuse moderne venait de naître.
LA CHAÎNE ÉTAIT ENROULÉE AUTOUR DE L’OS PUBIEN AFIN DE LE SECTIONNER
Initialement, cet outil était constitué d’une longue chaîne pourvue de dents crantées et dotée d’une poignée à chaque extrémité, comme une scie à câble. La chaîne était enroulée autour de l’os pubien, et le médecin la faisait aller et venir à l’aide des poignées pour le sectionner.
En 1830, l’orthopédiste Bernhard Heine a amélioré le concept en créant un nouvel outil médical présenté comme une scie à os : l’ostéotome.
La chaîne était actionnée par une manivelle et enroulée autour d’une lame de guidage, ce qui lui permettait de tourner sans fin. Grâce à cette innovation, le praticien pouvait positionner avec précision l’outil et réaliser une coupe nette et rapide de l’os pubien.

Après que l’anesthésie a été popularisée, le recours à l’ostéotome lors d’une symphysiotomie est devenu récurrent, et même encouragé. Considéré comme particulièrement fiable, l’instrument était aussi privilégié pour d’autres opérations chirurgicales et lors de dissections.
À l’aube du XXe siècle, l’amélioration des conditions d’hygiène dans les hôpitaux et la mise au point de l’anesthésie générale ont rendu les césariennes plus sûres. Les médecins ont réalisé que cette pratique engendrait moins de complications sur le long terme qu’une symphysiotomie, qui a peu à peu été délaissée.
LA SYMPHYSIOTOMIE EST PEU À PEU DÉLAISSÉE AU PROFIT DE LA CÉSARIENNE
Une aubaine pour un bûcheron de la région de San Francisco, qui a vite compris qu’il pourrait abattre facilement des séquoias géants en réadaptant le concept de l’ostéotome de Heine. Ce qu’il fit en 1905 en déposant une demande de brevet pour sa « scie à chaîne sans fin ».

Cette tronçonneuse primitive a ensuite évolué pour devenir l’engin motorisé que nous connaissons aujourd’hui, dont l’utilisation sur des humains se cantonne (essentiellement) au cadre cinématographique.
Pour rester dans l’univers des dispositifs aux origines improbables, au cas où vous l’ignoriez, les tapis de course étaient à l’origine des instruments de torture.
