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Les enjeux autour des armes nucléaires ont toujours été majeurs. Au-delà des traités nécessaires à une pacification globale et une disparition des menaces par l’arme nucléaire, les tests doivent aussi prouver avec fiabilité que les accords sont respectés. Le MIT propose aujourd’hui un procédé pouvant évaluer avec précision les stocks d’armes possédés par les forces nucléaires mondiales.

Comment, aujourd’hui, vérifie-t-on que les traités de démilitarisation sont respectés ? 

Les traités de démilitarisation et de dénucléarisation sont une bonne chose. Mais comment vérifier que ceux-ci, si jamais ils sont signés, sont respectés par les signataires ? 

La plupart du temps, pour attester de leur bonne foi, les pays ne montrent pas directement les têtes nucléaires qui sont directement présentées aux comités « évaluant » la dénucléarisation, car ils refusent en général de dévoiler des secrets nucléaires en montrant patte blanche. Les processus de vérification du bon respect de ces accords passe donc par des moyens détournés. Comme l’indique Science Daily, « dans le passé, des traités de réduction des armes entre les États-Unis et la Russie ont appelé à la destruction des systèmes de livraison des têtes nucléaires, comme des missiles et des avions, mais pas des têtes elles-mêmes. Pour respecter le traité START, par exemple, les USA ont coupé les ailes de bombardiers B-52 et les ont laissées dans le désert d’Arizona, où la Russie pouvait ainsi confirmer visuellement le démembrement des avions. »

Cependant, cette méthode implique des risques, comme le vol des équipements nucléaires ou leur usage accidentel, ou encore un transfert à un pays étranger en demande. Il était donc nécessaire — quand en 2019, il est estimé que 13 000 armes nucléaires existeraient encore rien qu’en Russie et aux Etats-Unis — de trouver un moyen de vérifier à la source l’absence de dangers dus à ces arsenaux. 

Une méthode plus sûre présentée par le MIT

Une publication d’une équipe du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) présentée le 30 septembre dernier sur la revue Nature dévoile une procédé de vérification qui serait plus sûr mais aussi plus efficace. Il pourrait en effet protéger les secrets de fabrication des pays évalués, ce qui constitue un argument de poids dans l’approbation à ces tests. En projetant à l’aide d’un faisceau des neutrons sur la tête nucléaire, les informations recueillies pourraient attester de la teneur en matériaux nucléaires suspects. En effet, les têtes nucléaires ont des caractéristiques, qui sont au centre des tests : les armes sont composées d’isotopes de plutonium distinctifs, et possèdent un agencement des matériaux bien particulier. 

Le dispositif, d’une longueur de 15 mètres, s’organise ainsi : le rayon de neutrons est projeté à l’horizontale vers l’objet à étudier, puis passe à travers un filtre (fourni par l’instance évaluée) afin de crypter les informations et ne laisser passer que les neutrons. « Le filtre cryptant l’information cache toutes les propriétés intrinsèques de l’objet classé secret défense », explique Areg Danagoulian, le scientifique en physique nucléaire du MIT à la tête de l’étude. Ce qui constitue une « preuve à divulgation nulle de connaissance », ou « zero-knowledge proof » en anglais, c’est-à-dire une information qui ne divulgue rien d’autre que ce qu’elle est censée déterminer, un facteur particulièrement important dans un domaine aussi confidentiel que le nucléaire d’armement. 

Le faisceau est ensuite perçu par un détecteur de neutrons, qui enregistre sa « signature » pouvant déterminer si elle est caractéristique à l’agencement isotopique du plutonium. L’information est finalement cryptée sur un support physique, ce qui fournit une sécurité supérieure à celle d’un cryptage informatique, qui peut toujours être hacké puis déchiffré. Chaque évaluation se fait à partir d’une tête fonctionnelle : son faisceau correspondant sera comparé à toutes les autres têtes devant être vérifiées, afin d’être menées à leur démantèlement. 

L’enjeu prioritaire du désarmement

Danagoulian explique que ses précédentes simulations étaient informatiques, mais que le passage au test physique a permis un grand pas en avant pour son équipe de recherche. Si les tests n’ont pas pu se faire sur de l’uranium et du plutonium, les résultats ont été très concluants sur du molybdenum et du tungstène, proposant une réaction semblable aux faisceaux de neutrons. L’équipe cherche désormais à concevoir un modèle portable, et réduit à 5 mètres, afin de pouvoir conduire les tests sans contrainte de lieux ou d’équipements. 

« L’objectif de notre travail est de créer ces concepts, les valider, prouver qu’ils fonctionnent par des simulations et des expérimentations, puis ensuite les faire utiliser par les laboratoires nationaux dans leurs démarches de technique de vérification », explique Danagoulian, en rappelant l’importance du désarmement à l’échelle mondiale : une infime partie des têtes nucléaires modernes pourraient faire autant de dommages que l’ensemble de tout l’armement utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, Hiroshima et Nagasaki compris. Il rappelle également l’importance de son travail, devant la menace latente de l’armement nucléaire : « L’idée de guerre nucléaire est tellement démesurée qu’elle ne peut se faire une place dans l’esprit humain. C’est si terrifiant, si horrible, que les gens la mettent à distance. »

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