L’histoire incroyable de Ron Stallworth, l’Afro-Américain qui a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan

L’histoire incroyable de Ron Stallworth, l’Afro-Américain qui a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan

Ron Stallworth n’était définitivement pas un membre du Ku Klux Klan comme les autres. À cela deux raisons évidentes : il s’agissait d’un policier infiltré qui se trouvait également être afro-américain. Retour sur l’incroyable histoire de l’homme qui infiltra cette célèbre organisation suprémaciste blanche à la fin des années 1970.

UN FLIC NOIR MEMBRE DU « KLAN »

Alors qu’il travaille au sein de la police de Colorado Springs à l’automne 1978, Ron Stallworth tombe sur une étrange annonce dans le journal local. Celle-ci est l’œuvre du Ku Klux Klan, célèbre organisation suprémaciste blanche américaine, qui souhaite recruter de nouveaux membres.

Intrigué et s’imaginant recevoir une brochure du KKK en réponse, l’officier décide d’envoyer une lettre à l’adresse indiquée en utilisant son véritable nom, dans laquelle il déclare notamment : « Je déteste les nègres, les chicanos, les chinetoques, les juifs et tous ceux qui n’appartiennent pas à la race aryenne ».

Photographie d’un rassemblement du Ku Klux Klan à Muncie, Idaho, en 1922

Une semaine plus tard, Stallworth reçoit un appel téléphonique de Ken O’Dell, qui supervise alors les actions du Ku Klux Klan à Colorado Springs. Cette prise de contact marque le début d’une étonnante opération d’infiltration qui va durer sept mois et entrainer le policier au cœur de cette sombre organisation.

Si Ron Stallworth est évidemment surpris par cet appel, il parvient à mettre en confiance son interlocuteur en reprenant les arguments mis en avant dans sa lettre et en affirmant que l’idée que sa sœur sorte avec un homme noir le révulse : « Chaque fois qu’il pose ses sales mains noires sur son corps blanc et pur, j’ai envie de vomir ».

Photographie célèbre de Todd Robertson montrant le fils d’un membre du KKK touchant le bouclier d’un policier afro-américain

Ces arguments ne tardent pas à convaincre Ken O’Dell, qui, appréciant fortement le personnage joué par Stallworth, demande à le rencontrer en personne.

Lorsque le suprémaciste lui demande de se décrire brièvement pour qu’il puisse le reconnaître à leur point de rendez-vous, le policier décrit Chuck, l’un de ses collègues blancs travaillant aux narcotiques, qui possède un physique proche du sien.

Équipé d’un micro, le faux Ron Stallworth se rend aux réunions du Klan afin de recueillir un maximum d’informations confidentielles, tandis que le véritable officier se charge de prendre les appels téléphoniques et propose un compte-rendu détaillé de ces échanges à son collègue.

Bien que Chuck et Ron aient des timbres de voix bien différents, le Ku Klux Klan ne découvrira jamais la supercherie et n’aura jamais vent de cette enquête.

STALLWORTH EST DIRECTEMENT CONTACTÉ PAR DAVID DUKE, LEADER DU KKK, ET VA ÉCHANGER AVEC LUI À DE NOMBREUSES REPRISES

Dans les semaines qui suivent, Stallworth est directement contacté par David Duke, leader et grand sorcier du KKK. Si Duke, qui n’imagine pas une seconde qu’il s’entretient avec un homme noir, cherche uniquement à finaliser l’adhésion de Stallworth lors de ce premier appel de quinze minutes, les deux hommes vont rapidement commencer à échanger de façon hebdomadaire.

David Duke, alias « Le Grand Sorcier du KKK », photographié devant le palais de Westminster en 1978

Au détour de l’une de leurs conversations téléphoniques, Duke explique à Stallworth qu’il est capable de déterminer si la personne qu’il a au bout du fil est noire en fonction de son élocution. Selon lui, les noirs prononcent le mot « are » de façon trainante : « are-rah ».

Dès lors, Stallworth va prendre un malin plaisir à tourner le leader du Ku Klux Klan en ridicule, déclarant à chaque appel : « Hello Mister Duke, How are-rah you ? ». Comme le policier l’a plus tard expliqué : « Duke se croyait si supérieurement intelligent, qu’il n’imaginait pas une seule seconde qu’un noir puisse se jouer de lui et le ridiculiser ».

Par un étrange concours de circonstances, Duke et Stallworth vont être amenés à se rencontrer au cours de l’année suivante. En janvier 1979, le leader suprémaciste se rend dans le Colorado afin d’y recruter de nouveaux membres, et malgré les objections de son supérieur qui estime que cela pourrait ruiner son enquête, le policier infiltré se trouve être le seul disponible pour assurer la sécurité de Duke.

Lorsque les deux hommes se retrouvent face à face, Stallworth fait clairement comprendre à Duke qu’il exècre les idéologies véhiculées par le Ku Klux Klan, mais qu’il le protégera quoi qu’il arrive, comme l’exige sa fonction.

LORS DE LEUR RENCONTRE, LE GRAND SORCIER DU KU KLUX KLAN NE RECONNAIT A AUCUN MOMENT LA VOIX DE RON STALLWORTH

Étonnamment, Duke se montre très cordial avec le policier lors de leur rencontre, acceptant même de lui serrer la main. Le suprémaciste ne reconnait à aucun moment la voix de Stallworth et accepte même de se faire photographier en sa compagnie. Mais lorsque l’officier pose sa main sur son épaule, David Duke la retire violemment et, rouge de colère, menace de détruire l’appareil photo.

Ron Stallworth en 2018

L’enquête menée par Ron Stallworth prend officiellement fin après sept mois, lorsque O’Dell lui propose de devenir l’un des leaders du Ku Klux Klan en sa qualité de membre loyal et dévoué à la cause blanche. De peur que l’affaire ne prenne trop d’ampleur, le chef de la police de Colorado Springs préfère y mettre un terme, et il est plus tard révélé que plusieurs membres du Klan identifiés par le policier afro-américain se trouvaient être des membres haut-placés de l’armée américaine.

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