
De récentes expériences ont révélé les effets dévastateurs de la pollution atmosphérique sur les fourmis, qui les pousse à se retourner contre leurs congénères et à délaisser leurs larves.
Des effets inattendus
Ces dernières années, des études ont montré que des gaz à effet de serre tels que l’ozone pouvaient modifier la structure de molécules organiques connues sous le nom d’alcènes, essentielles à la communication et aux interactions écologiques de nombreuses espèces d’insectes. Chez les mouches à fruit et les sphinx du tabac, ces changements affectaient respectivement la reproduction et la pollinisation.
Pour préciser leurs effets sur les fourmis, Markus Knaden, de l’Institut Max Planck, et ses collègues ont créé des colonies artificielles en laboratoire. Pour chacune des six espèces étudiées, un individu a été retiré du terrarium, exposé à différentes concentrations d’ozone, puis réintroduit. Il s’est avéré que ses congénères le considéraient alors systématiquement comme un intrus, et l’attaquaient.
« C’était assez inattendu, étant donné que le alcènes ne représentent qu’une minuscule fraction du profil olfactif des fourmis [entre 2 et 5 %] », note l’auteur principal de la nouvelle étude, publiée dans la revue PNAS. « Dans la nature, ce type de comportement pourrait profondément perturber le fonctionnement d’une colonie. »
Ants rely on scent to recognise their comrades, and when they are exposed to common air pollutants, other members of their colony react as if they are enemies https://t.co/cuFNGhYhPP
— New Scientist (@newscientist) February 2, 2026
Autre conséquence significative : lorsque les fourmis clonales adultes (Ooceraea biroi) étaient exposées à des niveaux mêmes faibles d’ozone, semblables à ceux mesurés en été dans la région de Iéna, où ont été menées les expériences, elles avaient davantage tendance à négliger leurs larves.
Des maillons essentiels
Comme le rappelle Daniel Kronauer, de l’université Rockefeller, ces découvertes ont de profondes implications pour la biodiversité dans son ensemble.
« Les fourmis constituent des maillons essentiels de la plupart des écosystèmes terrestres. Elles dispersent les graines, contribuent à l’oxygénation des sols et entretiennent aussi des relations mutuellement bénéfiques avec de nombreux organismes », explique le chercheur. « Sans elles, ceux-ci s’effondreraient probablement. »
La pollution atmosphérique n’est qu’un des facteurs du déclin actuel de nombreuses espèces d’insectes. Au cours de deux dernières décennies, un nombre croissant d’études ont également souligné le rôle des pesticides, de la fragmentation des habitats et de la pollution lumineuse.