On connaît tous le VIH, on a vécu la pandémie de COVID-19, et même le VPH est désormais entré dans le débat public. Mais il existe un virus bien plus discret, presque invisible médiatiquement, qui circule depuis plus de quarante ans. Son nom : HTLV-1. Et pour la première fois, une vraie piste thérapeutique crédible émerge.

Le HTLV-1, premier rétrovirus humain découvert, est resté marginalisé malgré son importance scientifique et sanitaire
Quand le HTLV-1 est identifié au début des années 1980, c’est une petite révolution scientifique. On découvre alors le premier rétrovirus humain, capable d’intégrer son matériel génétique directement dans nos cellules. Sur le papier, c’est énorme. Dans la réalité, le virus va rapidement tomber dans un angle mort de la recherche.
Il se transmet par le sang, les rapports sexuels non protégés et l’allaitement, et une fois installé, il ne repart jamais. Pourtant, faute de symptômes immédiats chez la majorité des personnes infectées, il reste longtemps ignoré. Aujourd’hui encore, on estime que 5 à 10 millions de personnes vivent avec le HTLV-1 dans le monde, probablement davantage. Le virus circule surtout au sud du Japon, en Afrique subsaharienne, dans les Caraïbes, en Amérique du Sud et en Australie, notamment au sein de communautés souvent marginalisées.
Pourquoi une infection longtemps asymptomatique peut déboucher sur des cancers agressifs et des atteintes neurologiques lourdes
C’est là que le piège se referme. Dans environ 2 à 5 % des cas, le HTLV-1 provoque des pathologies lourdes. La plus redoutée est une leucémie-lymphome à cellules T de l’adulte, un cancer agressif du système immunitaire. Quand il se déclare, l’évolution est rapide et le pronostic est extrêmement sombre.
Autre conséquence possible : une maladie neurologique chronique appelée myélopathie associée au HTLV-1. Elle ne tue pas, mais elle use. Lentement. Faiblesse musculaire, troubles moteurs, douleurs persistantes… Une perte progressive d’autonomie qui transforme la vie quotidienne.
Et pendant toutes ces années ? Aucun vaccin, aucun traitement antiviral spécifique. La réponse médicale s’est limitée à la prévention, au dépistage et à la gestion des conséquences. Pour les patients, cela signifiait vivre avec le virus, l’incertitude et le sentiment tenace d’être oubliés par la recherche.
Comment des chercheurs ont démontré que des traitements du VIH pouvaient bloquer efficacement le HTLV-1
Et puis, presque à contre-courant, une équipe australienne décide de s’acharner. Pendant dix ans, des chercheurs développent un modèle expérimental capable de reproduire l’infection humaine. Leur idée est simple, presque audacieuse : tester sur le HTLV-1 des médicaments utilisés contre le VIH.
Résultat ? Une vraie claque scientifique. L’association de ténofovir et de dolutégravir parvient à supprimer efficacement le virus chez des modèles vivants. Mieux encore, cette stratégie fonctionne aussi sur une souche spécifique présente en Australie, particulièrement problématique pour certaines populations aborigènes.
Ce détail est capital : ces molécules sont déjà autorisées, déjà largement prescrites et déjà parfaitement connues des médecins. Leur profil de sécurité est documenté depuis des années, leurs effets secondaires sont maîtrisés et leur utilisation encadrée. Autrement dit, la recherche ne démarre pas d’une page blanche, mais s’appuie sur des bases solides et éprouvées.
Ce que cette avancée change concrètement pour les patients et pourquoi elle pourrait enfin sortir le HTLV-1 de l’oubli médical
Soyons clairs : on ne parle pas encore de traitement disponible demain en pharmacie. Les essais cliniques chez l’humain restent indispensables. Mais pour la première fois, le HTLV-1 n’est plus un virus sans solution. Cette avancée est aussi un signal éthique fort. Elle rappelle que certaines maladies restent négligées non pas parce qu’elles sont rares, mais parce qu’elles touchent des populations moins visibles.
Si ces résultats se confirment, le HTLV-1 pourrait enfin sortir de l’ombre… et avec lui, des millions de patients longtemps oubliés. Et là, franchement, on se dit que la science, quand elle prend le temps de regarder là où personne ne regarde, peut vraiment changer des vies.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Sciencepost
Étiquettes: HTLV-1, traitement
Catégories: Santé, Actualités