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On pensait que la mer les menacerait… mais c’est la Terre elle-même qui avale ces villes, mètre après mètre

Sous nos pieds, un danger silencieux progresse. Des villes entières s’enfoncent lentement dans le sol, parfois plus vite que la mer ne monte. Cette catastrophe rampante, causée en grande partie par nos propres actions, menace directement l’avenir de centaines de millions d’urbains à travers le monde.

Route urbaine effondrée montrant une profonde fissure dans la chaussée, illustrant la subsidence du sol en ville
Dans de nombreuses métropoles, le sol s’affaisse progressivement sous l’effet des activités humaines, fragilisant routes et infrastructures bien avant que la mer n’atteigne les villes – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Pourquoi les grandes villes s’enfoncent : explication d’un phénomène souvent ignoré

Quand on évoque les menaces qui pèsent sur les villes du littoral, c’est toujours la montée des eaux qui domine les débats. Pourtant, un danger bien plus discret grignote leur stabilité : la subsidence. Ce phénomène, souvent imperceptible au quotidien, affaiblit les sols de manière terriblement destructrice à long terme. En effet, il agit sans fracas, sans image spectaculaire, mais avec une constance implacable.

Des mégapoles entières ressentent déjà les effets de ce phénomène. À Tianjin, en Chine, et Ho Chi Minh-Ville, au Vietnam, le sol s’enfonce à un rythme alarmant : plus de 4 centimètres par an. Ce rythme dépasse deux à trois fois celui de la montée des océans. Et il résulte directement de nos choix humains, bien plus que de catastrophes naturelles.

Les autorités pompent intensivement les nappes phréatiques, ce qui affaiblit la structure interne du sol. En parallèle, les constructions toujours plus lourdes ajoutent une pression supplémentaire. Ainsi, les villes coulent doucement. C’est pourquoi l’étude parue dans Nature Sustainability alerte sur cette crise mondiale et propose des pistes pour la freiner.

En Asie, des villes immenses s’affaissent plus vite que la mer ne monte

L’Asie concentre les cas les plus critiques. En Indonésie, Jakarta, en partie construite sur des marécages, perd jusqu’à 26 mm par an. Face à cette urgence, le gouvernement a entamé la construction d’une nouvelle capitale à plus de 1 000 km de là. De la même manière, à Chittagong, ce sont les forages excessifs qui provoquent l’affaissement.

On observe le même problème à Yangon ou à Ahmedabad. Là-bas, l’urbanisation effrénée aggrave tout. Les routes craquent, des fissures géantes apparaissent, et certaines zones deviennent inhabitables. Le phénomène progresse lentement, presque invisiblement, jusqu’au jour où la situation devient critique. Dès lors, imaginez vivre dans un immeuble qui s’enfonce, année après année.

D’Houston à Mexico : des villes occidentales aussi victimes de l’affaissement

On pourrait croire que cette catastrophe est réservée au Sud global. Pourtant, ce n’est pas le cas. À Houston, aux États-Unis, les forages pétroliers et les pompages d’eau font s’enfoncer la ville. À Mexico, bâtie sur un ancien lac, l’infiltration des eaux compacte lentement mais sûrement le sous-sol de la capitale.

Même si le phénomène avance beaucoup plus lentement, les littoraux français ne sont pas épargnés. Ils s’affaissent entre 0,5 et 1 mm par an. Cette valeur, en apparence modeste, devient inquiétante lorsqu’on l’additionne à la montée du niveau de la mer. Ainsi, submersions, inondations, salinisation : les effets se combinent discrètement, mais sûrement.

Peut-on sauver ces villes avant qu’il ne soit trop tard ? Des solutions existent, mais à quel prix

Faut-il abandonner ces villes ? Pas forcément. Plusieurs pistes techniques permettent de ralentir l’affaissement : recharger les sols, limiter les prélèvements, ou construire plus léger. Cependant, ces travaux exigent des moyens colossaux et une vision politique claire, ce qui manque cruellement dans de nombreux pays.

Le véritable enjeu, c’est l’invisibilité du danger. Tant qu’aucune catastrophe ne fait la une, les décideurs détournent le regard. Pourtant, il faudra bien affronter le problème. Sinon, ce ne sera plus seulement la mer qui engloutira les villes côtières, mais la Terre elle-même qui les avalera, mètre après mètre.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Futura

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