Aller au contenu principal

Quand les Nazis volaient des centaines d’étalons pour créer une race de super-chevaux

Une vaste opération de sauvetage a été organisée par les Américains en 1945

Les Nazis sont connus pour avoir subtilisé un grand nombre de trésors au cours de la Seconde Guerre mondiale. On revient aujourd’hui sur l’étrange programme impliquant le vol d’étalons comptant parmi les plus précieux au monde.

LE « SUPER-CHEVAL » DES NAZIS

L’idéologie colportée par le régime nazi était en grande partie basée sur l’existence et la pérennisation d’une race humaine supérieure, et Hitler croyait dur comme fer qu’il lui serait également possible de créer les chevaux les plus braves et les plus « purs » de l’histoire, en sélectionnant méticuleusement des centaines d’étalons. Loin d’être une vulgaire fantaisie, cette décision représentait une réponse délibérée aux mauvaises fortunes qu’avait connu l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale.

Lors de l’invasion de la Pologne en 1939, l’armée allemande utilisait plus d’une centaine de milliers de chevaux© Wikimedia Commons

Comme l’explique Elizabeth Letts dans l’ouvrage The Perfect Horse, l’industrie équine allemande avait été fortement impactée par la Grande Guerre et la défaite allemande, et Hitler voulait rendre à son pays sa gloire passée :

« Après la Première Guerre mondiale, plusieurs facteurs se sont combinés et ont quasiment détruit l’élevage de chevaux et les sports équestres en Allemagne. Le nombre de victimes équines a été si élevé durant le conflit que le nombre de chevaux a diminué de moitié. En outre, les conditions inflationnistes en Allemagne ont rendu la vente et l’entretien de ces animaux difficiles et, pour compliquer encore un peu plus les choses, l’Allemagne a dû se séparer de milliers d’entre eux dans le cadre des réparations imposées par le Traité de Versailles. »

À la fin des années 1930, les chevaux sont devenus l’une des principales préoccupations d’Hitler. Et malgré la forte production industrielle du pays et les progrès technologiques réalisés, les dirigeants du Reich sont persuadés qu’ils ont besoin de davantage d’équidés pour contribuer à l’effort de guerre. Selon l’ouvrage de Letts, l’armée allemande utilisait plus de 180 000 chevaux et ânes en 1938.

GUSTAV RAU VA JETER SON DÉVOLU SUR LE LIPIZZAN, UN CHEVAL RÉPUTÉ POUR SON ALLURE ET SA DEXTÉRITÉ

Afin de créer cette lignée « parfaite », Hitler fait appel aux services de Gustav Rau, un hippologue qui a passé des années à développer l’élevage équin en Allemagne. Rau jette son dévolu sur le célèbre étalon Lipizzan, une race royale réputée pour son allure et sa dextérité hors du commun. Persuadé qu’il pourra créer des légions entières de super chevaux en l’espace de trois ans et ignorant les risques impliqués par la consanguinité, l’homme écrit à ce sujet : « Nous devons développer et pérenniser cette lignée par tous les moyens ».

Les purs-sangs réquisitionnés ou dérobés étaient traités avec le plus grand soin par les soldats allemands © Wikimedia Commons

Dès lors, les soldats allemands commencent à dérober des étalons Lipizzan de race pure dans les haras et les centres équestres les plus réputés d’Europe. Bénéficiant d’un traitement privilégié, les animaux kidnappés sont transportés dans des wagons de train spacieux et placés en pension dans les fermes les plus réputées des territoires occupés par l’Allemagne. Comme l’écrit Letts : « Le fait de traiter ces animaux avec le plus grand soin et la plus grande gentillesse représentait une énième bizarrerie de la philosophie nazie, si inhumaine pour les humains ». En 1942, Rau est en possession de la quasi-totalité des Lipizzans de race pure au monde.

Gustav Rau était considéré comme l’un des plus éminents hippologues allemands du 20e siècle© Wikimedia Commons

Lorsque le vent tourne pour l’Allemagne quelques années plus tard, Rudolf Lessing, vétérinaire nazi travaillant dans un haras de Tchécoslovaquie commence à craindre pour la vie des chevaux alors que les Russes sont sur le point de prendre possession des lieux. À l’époque, le New York Post rapportait que les soldats de l’armée rouge « ne montraient aucun intérêt pour les étalons célèbres » et qu’Alchemist, légendaire cheval de course pur-sang faisant la fierté du régime nazi, « avait été abattu par des soldats russes en maraude au printemps 1945 après avoir refusé de grimper dans leur camion ».

Craignant que les étalons Lipizzans qu’il soigne ne soient les prochains sur la liste, Rudolf Lessing réalise alors l’impensable en prenant contact avec les Américains et en leur demandant « d’exfiltrer » les chevaux.

Lorsque le général George Patton apprend que les étalons en question se trouvent loin derrière les lignes ennemies en Tchécoslovaquie, il envoie la cavalerie pour les rapatrier au plus vite, déclarant notamment aux hommes chargés de cette mission secrète : « Mettez la main sur ces chevaux et faites ça vite ». À l’époque, l’armée américaine a convenu avec Staline de ne pas avancer plus loin que la frontière séparant l’Allemagne de la Tchécoslovaquie, et les équidés se trouvent à des dizaines de kilomètres de là.

« METTEZ LA MAIN SUR CES CHEVAUX ET FAITES ÇA VITE »

© Pixabay

Avec l’aide de Lessing, Hank Reed, commandant de la Seconde Cavalerie américaine en Europe, négocie une reddition avec la ferme équestre occupée et place les animaux sous la surveillance des militaires américains. À l’automne 1945, 151 chevaux sont chargés sur un bateau à destination des États-Unis, et tous survivent au voyage. Interrogé au sujet de cette mission de sauvetage insolite, Reed déclarait : « Nous étions tellement usés par la mort et la destruction. Nous voulions faire quelque chose de beau ».

Pour aller plus loin, découvrez également l’histoire de Wojtek, l’ours héros de guerre qui remontait le moral des troupes lors de la Seconde Guerre mondiale.

Par Yann Contegat, le

Source: Mental Floss

Étiquettes: , ,

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *