Une équipe de chercheurs met en lumière un mécanisme biologique capable de placer nos cellules souches neurales en veille progressive. Cette découverte majeure éclaire autrement le déclin cognitif, la mémoire fragile et la perte de plasticité cérébrale liée aux années.

Comment le vieillissement pousse progressivement les cellules souches neurales vers une dormance programmée
Avec le temps, le cerveau ne ralentit pas par hasard ; au contraire, il suit une trajectoire biologique précise. Au cœur de cette transformation se trouvent les cellules souches neurales (CSN), véritables réservoirs capables de produire de nouveaux neurones. Or, en vieillissant, ces cellules entrent peu à peu en dormance, réduisant ainsi la capacité du cerveau à renouveler ses circuits.
Dès lors, cette mise en veille s’accompagne d’un recul mesurable de la mémoire, de l’apprentissage et de l’adaptation. En effet, moins de neurones naissent et, par conséquent, les connexions deviennent moins dynamiques. Toutefois, ce phénomène n’est pas brutal mais progressif, presque silencieux, comme un variateur qui diminue lentement l’intensité d’une lumière.
Les télomères, ces capuchons protecteurs qui agissent comme une horloge biologique interne
Pour comprendre cette extinction progressive, il faut toutefois descendre à l’infiniment petit. À l’extrémité de chaque chromosome se trouvent les télomères, comparables à des embouts protecteurs. Or, à chaque division cellulaire, ils raccourcissent ; ainsi, ce raccourcissement agit comme une horloge biologique, limitant progressivement le nombre de divisions possibles.
Lorsque les télomères deviennent trop courts, la cellule active alors un signal d’alerte. Elle cesse de se diviser, puis entre en sénescence, ou bien disparaît. Dès lors, les cellules souches neurales n’échappent pas à cette règle et, par conséquent, leur potentiel de régénération diminue, contribuant directement au vieillissement cérébral.
Une protéine capable de relancer la production neuronale malgré l’usure de l’ADN
Des chercheurs ont identifié un acteur inattendu : la protéine DMTF1. En effet, présente en grande quantité dans les cellules jeunes, elle agit comme un véritable interrupteur génétique, capable d’activer des programmes favorisant la division cellulaire et, par extension, la production de nouveaux neurones.
Cependant, lorsque le niveau de DMTF1 chute avec l’âge, la machinerie ralentit nettement. En laboratoire, l’augmentation artificielle de cette protéine dans des cellules vieillissantes a pourtant relancé la neurogenèse. Fait remarquable : cette relance survient sans restaurer la longueur des télomères, ce qui suggère une voie alternative.
Plus précisément, le mécanisme repose sur une cascade d’activation impliquant notamment les gènes Arid2 et Ss18. Ces relais moléculaires stimulent ensuite d’autres gènes liés à la croissance cellulaire. Ainsi, la cellule contourne l’usure de son ADN pour retrouver, malgré tout, une dynamique plus juvénile.
Entre espoir thérapeutique et prudence scientifique face aux risques de dérives cellulaires
À première vue, une telle découverte ouvre des perspectives fascinantes pour lutter contre le déclin cognitif et certaines maladies neurodégénératives. En théorie, stimuler la production de neurones pourrait améliorer la plasticité cérébrale et, par conséquent, préserver les fonctions intellectuelles plus longtemps.
Néanmoins, activer la division cellulaire n’est jamais anodin. En effet, une stimulation excessive pourrait favoriser des proliférations incontrôlées et ainsi augmenter le risque cancéreux. Dès lors, l’équilibre entre régénération et sécurité biologique constitue un défi majeur pour toute application future.
C’est pourquoi la science avance avec méthode. Comprendre précisément le rôle de DMTF1, puis définir des conditions d’activation sûres et enfin tester ces mécanismes à long terme seront des étapes indispensables. Finalement, le cerveau ne possède peut-être pas un simple bouton “off”, mais il révèle aujourd’hui une complexité fascinante.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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