Et si l’un des futurs centres névralgiques de l’aviation mondiale se jouait loin des capitales habituelles ? En Éthiopie, à quelques dizaines de kilomètres d’Addis-Abeba, un chantier hors normes redessine déjà la carte du transport aérien. Plus qu’un simple aéroport, ce projet incarne une ambition claire : changer d’échelle.

Un futur méga-hub international conçu pour faire de l’Éthiopie un carrefour aérien entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie
D’emblée, les chiffres donnent le vertige. 110 millions de passagers par an : ce volume ne traduit pas une progression graduelle, mais bien un choix stratégique assumé. À Bishoftu, à environ 40 kilomètres d’Addis-Abeba, l’Éthiopie érige un méga-hub international pensé pour les correspondances long-courriers.
Ainsi, l’objectif dépasse largement le cadre national. Situé au croisement de l’Afrique, de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient, le site ambitionne de capter une part majeure des flux intercontinentaux. Autrement dit, il vise le même rôle structurant que les hubs les plus influents de la planète.
Dès lors, la première phase du chantier fixe le ton. Avec 60 millions de voyageurs par an annoncés, la capacité dépassera rapidement celle de l’actuel aéroport de Bole. À terme, ce changement d’échelle pourrait rebattre les cartes du transport aérien mondial.
Une architecture en forme de X pensée pour réduire les temps de parcours, fluidifier les flux et incarner le territoire éthiopien
À première vue, la silhouette futuriste du bâtiment intrigue. Pourtant, la forme en X répond avant tout à une logique fonctionnelle. Elle réduit les distances de marche, simplifie l’orientation et améliore la fluidité des déplacements pour les passagers. Concrètement, le cœur central du terminal joue le rôle d’axe principal. Il relie les jetées et les zones d’embarquement de manière directe.
Grâce à cette organisation, les temps de correspondance diminuent, un atout décisif pour un aéroport largement dédié au transit. Par ailleurs, cette géométrie puise son inspiration dans le Grand Rift africain, immense fracture géologique qui traverse l’Éthiopie. Ce choix donne du sens à l’architecture et inscrit l’aéroport dans son territoire, tout en affirmant une identité forte et reconnaissable.
Une infrastructure aéroportuaire géante conçue dès l’origine pour limiter son impact environnemental et énergétique
Cependant, la démesure du projet ne se fait pas au détriment de l’environnement. L’aéroport vise une certification LEED Gold, un niveau d’exigence élevé pour une infrastructure de cette ampleur. Sa conception repose sur une architecture bioclimatique adaptée au climat local.
Ainsi, la ventilation naturelle, les protections solaires passives et les panneaux photovoltaïques réduisent les besoins énergétiques. En complément, un système de récupération des eaux de pluie alimente l’irrigation et certains usages secondaires du site.
De plus, les concepteurs privilégient des matériaux produits ou recyclés localement, afin de valoriser les ressources nationales. À l’extérieur, une végétation indigène, résistante à la sécheresse, contribue à préserver la biodiversité tout en limitant la consommation d’eau.
Un investissement de plusieurs milliards de dollars aux retombées économiques prometteuses mais aux défis sociaux réels
Naturellement, un projet de cette envergure implique un investissement massif. Avec un coût estimé à 12,7 milliards de dollars, le chantier figure parmi les plus ambitieux jamais lancés en Afrique. Il s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer le poids économique et logistique de l’Éthiopie. À moyen et long terme, les retombées annoncées sont considérables.
Le projet devrait créer près de 80 000 emplois locaux, directs et indirects. Il doit aussi consolider la position de la compagnie aérienne nationale sur le marché africain. Néanmoins, ces perspectives s’accompagnent de défis sociaux. La construction a entraîné le déplacement de 2 500 agriculteurs, relogés dans le cadre d’un programme d’indemnisation. La réussite du projet reposera donc sur un équilibre durable entre croissance économique et acceptabilité sociale.
Un projet hors norme qui pourrait redéfinir la place de l’Afrique dans l’aviation mondiale
Si le calendrier est tenu, l’ouverture prévue en 2030 marquera un tournant majeur pour l’aviation africaine. Par son ampleur, sa capacité et son rôle stratégique, l’aéroport de Bishoftu dépasse le cadre national, s’inscrit dans une dynamique continentale, et symbolise l’émergence d’infrastructures africaines capables de rivaliser avec les grands hubs mondiaux.
En définitive, cette infrastructure incarne une vision stratégique claire : celle d’une Afrique qui cherche à s’imposer durablement comme un acteur central des échanges mondiaux. Ce pari audacieux dépasse le simple cadre aérien et pourrait influencer l’économie, la connectivité régionale et l’attractivité du continent sur le long terme.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Futura
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