Depuis plus d’un demi-siècle, un texte discret mais décisif encadre les ambitions spatiales. En effet, derrière les images spectaculaires de fusées et de bases lunaires en projet, une règle simple domine : aucun drapeau ne transforme la poussière lunaire en territoire national. Ainsi, cette réalité juridique change profondément la manière d’envisager la conquête spatiale.

Pourquoi le principe de non-appropriation interdit toute souveraineté nationale sur la Lune, même après des missions répétées
Planter un drapeau sur un sol inconnu évoque spontanément la conquête. Pourtant, dans l’espace, cette logique historique ne fonctionne plus. Très tôt, le droit international a verrouillé la question afin d’éviter que la course spatiale ne se transforme en compétition territoriale incontrôlée. Dès lors, la Lune n’est plus un Far West céleste.
En pratique, le principe est limpide : aucune souveraineté nationale ne peut être proclamée sur un corps céleste. Autrement dit, ni occupation durable, ni installation scientifique, ni allers-retours répétés ne créent un droit de propriété. De ce fait, la présence matérielle ne vaut pas appropriation. Par conséquent, le sol lunaire demeure juridiquement neutre et ouvert à l’exploration de tous.
Ce que prévoit précisément le Traité de 1967 et pourquoi il reste la pierre angulaire du droit spatial international
Adopté en pleine rivalité Est-Ouest, le Traité de l’espace de 1967 pose un principe fondateur : l’exploration doit bénéficier à l’ensemble de l’humanité. Ainsi, l’espace extra-atmosphérique devient un domaine commun, inaccessible aux revendications nationales. Dès lors, ce texte agit comme une véritable constitution spatiale, toujours en vigueur aujourd’hui.
De plus, un article central interdit toute appropriation « par déclaration, occupation ou tout autre moyen ». Cette formulation volontairement large empêche les stratégies de contournement juridique. En clair, il devient impossible de s’installer progressivement pour transformer une base en territoire. Par conséquent, la règle bloque toute tentative déguisée de prise de contrôle territorial.
Exploitation des ressources lunaires : pourquoi l’extraction de matériaux relance le débat sur la propriété et les droits économiques
Aujourd’hui, les technologies évoluent et, parallèlement, les ambitions s’intensifient. L’idée d’extraire de l’hélium-3, de l’eau glacée ou des métaux rares ne relève plus uniquement de la science-fiction. Dès lors, plusieurs États considèrent que prélever des ressources ne revient pas à s’approprier le terrain lui-même. En réalité, la nuance est subtile, mais juridiquement déterminante.
Selon cette lecture, le sol resterait commun tandis que les matériaux extraits deviendraient la propriété de l’opérateur. Ainsi, cette distinction crée une zone grise fascinante : peut-on posséder ce que l’on retire d’un espace qui n’appartient à personne ? Dès lors, le débat sur la propriété des ressources spatiales s’intensifie et demeure loin d’être clos.
Par ailleurs, s’ajoute la question des acteurs privés. En effet, les entreprises spatiales agissent sous la responsabilité de leur État d’origine. Certes, elles ne peuvent revendiquer un territoire ; néanmoins, elles peuvent exploiter des ressources si leur cadre national l’autorise. Ainsi, la frontière entre activité économique légitime et appropriation indirecte reste particulièrement fragile.
Zones de sécurité, coopération internationale et avenir du droit spatial : vers une nouvelle étape de la gouvernance lunaire
À l’avenir, l’installation de bases nécessitera des périmètres de protection. En effet, une centrale énergétique ou un site d’extraction exige des zones de sécurité afin d’éviter les interférences dangereuses. Officiellement temporaires, ces espaces ne constituent pas une souveraineté. Toutefois, à terme, ils pourraient limiter l’accès à certaines régions stratégiques.
Dans ce contexte, le défi consiste à préserver l’esprit du traité tout en accompagnant la réalité technologique. Ainsi, les États doivent coopérer pour éviter que des mesures techniques ne deviennent des instruments d’exclusion. Plus que jamais, la coopération internationale apparaît comme le seul antidote crédible face aux tensions potentielles.
En définitive, la Lune symbolise une nouvelle frontière scientifique et économique. Pourtant, juridiquement, elle demeure un bien commun. Dès lors, ce principe de non-appropriation n’entrave pas l’innovation ; au contraire, il encadre les ambitions. Finalement, l’avenir de la gouvernance spatiale dépendra de la capacité collective à respecter cet équilibre fragile.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Science & Vie
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