L’État français amorce un virage stratégique majeur. Pour renforcer la sécurité des échanges et la souveraineté numérique, l’administration déploie des outils développés en France. Objectif affiché : reprendre le contrôle des données stratégiques face à la domination des plateformes américaines.

Dépendance aux outils américains, risques juridiques et perte de contrôle : pourquoi l’administration change brutalement de cap
Pendant des années, l’administration s’est appuyée sur les solutions de la Silicon Valley. Zoom et Teams se sont imposés comme des outils de travail quotidiens. Mais cette efficacité cache une dépendance technologique jugée incompatible avec les exigences de souveraineté d’un État.
Le recours massif au télétravail a accentué cette exposition. Des données sensibles transitent via des infrastructures situées hors du territoire national. Elles peuvent ainsi tomber sous le coup de lois extraterritoriales comme le Cloud Act, fragilisant la confidentialité des échanges publics.
L’État ne contrôle ni les serveurs ni les circuits de données. Cette situation est désormais considérée comme intenable. La souveraineté numérique doit sortir du discours pour devenir une réalité opérationnelle immédiate au sein des administrations.
Visio et Tchap deviennent les outils centraux de l’État pour sécuriser les échanges internes et réduire la dépendance étrangère
La réponse passe par le déploiement de solutions françaises. Visio s’appuie sur les serveurs sécurisés d’Outscale afin de garantir la protection des données. L’outil est déjà utilisé par quarante mille agents publics et doit monter en charge rapidement.
Il ne s’agit pas d’un simple substitut. Le logiciel propose des fonctions comme la transcription automatique et les comptes rendus sécurisés. Son usage deviendra obligatoire dans l’ensemble des ministères dans un délai de deux ans.
Messagerie, partage de fichiers et travail collaboratif : une offre française pensée pour couvrir tous les usages numériques
La stratégie ne se limite pas à la visioconférence. Les agents sont appelés à abandonner WhatsApp au profit de Tchap. Cette messagerie souveraine permet de sécuriser les échanges sensibles sans dépendre de serveurs étrangers.
Plusieurs entreprises françaises se regroupent également autour de la suite TOO22. Elle propose des outils collaboratifs comme le partage de documents. L’ensemble forme un environnement de travail sécurisé, conforme aux contraintes de l’administration.
Adoption des outils, résistances internes et enjeu de l’IA : les prochains défis de la souveraineté numérique française
Modifier les usages reste un obstacle majeur. La réputation et l’ergonomie des solutions étrangères ralentissent parfois l’adhésion. L’administration pourrait aller jusqu’à restreindre l’accès aux plateformes concurrentes pour imposer ces nouveaux standards.
Le ministre David Amiel anticipe aussi les mutations à venir. L’intelligence artificielle ne doit pas créer une nouvelle dépendance stratégique. L’Europe est appelée à développer ses propres solutions pour assurer une autonomie numérique durable.
Cette bascule ouvre une nouvelle phase pour l’État numérique. Reconstruire une souveraineté technologique demande constance et investissements. La France affirme sa volonté de bâtir une culture numérique indépendante, alignée avec ses intérêts stratégiques.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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