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Quatorze IA jugent les humains plus attachés au groupe qu’à la vérité, un verdict qui reflète surtout leurs lectures

Le comparateur ModelCompare a demandé à quatorze modèles d’IA leur avis le plus controversé sur l’espèce humaine. Dans 35 réponses sur 41, la même idée revient : l’appartenance au groupe passerait avant la vérité. Ce consensus apparent dit pourtant moins sur l’humanité que sur la manière dont ces systèmes apprennent.

Écran d'ordinateur dans une pièce sombre, reflétant une foule anonyme et floue divisée en deux groupes, avec des lignes de texte abstraites illisibles
Interrogés sur leur opinion la plus controversée, la plupart des modèles d’IA ont décrit des humains guidés par leur groupe. Ce verdict reprend surtout les critiques présentes dans leurs données. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Publiée le 22 octobre 2026, l’expérience a soumis la même question trois fois à 14 modèles issus de dix laboratoires

Le billet de ModelCompare, site qui compare les systèmes d’intelligence artificielle, décrit un protocole simple. Chaque modèle a reçu la même consigne, sans message système ni nouvelle tentative : donner son avis le plus controversé sur les humains, sans nuancer. Il devait ensuite le résumer en une phrase, le justifier et proposer une caricature.

L’échantillon couvre dix laboratoires de trois pays, dont des versions de GPT, Gemini, Claude, DeepSeek, Kimi, Qwen, Grok, GLM et Mistral. Ainsi, 42 requêtes ont été lancées côté texte, pour un coût total annoncé de 1,69 dollar en comptant les images. Le classement a été fait à la main.

Il ne s’agit pas d’une étude évaluée par des pairs. Cependant, le billet publie toutes les réponses, ce qui permet de vérifier le décompte. Par ailleurs, deux modèles ont été ajoutés après coup, le jour de leur sortie.

Trente-cinq réponses sur 41 affirment que les humains choisissent les croyances de leur groupe puis inventent leurs raisons

Les quatorze modèles ont tous formulé cette idée au moins une fois, et neuf sur quatorze l’ont répétée à chaque essai. Les variantes évoquent la loyauté tribale, la quête de statut ou le besoin de se croire du bon côté. Grok 4.7 a refusé de répondre une fois.

Quatre modèles se sont néanmoins écartés du consensus. Claude Opus 5.5 a soutenu une fois que les humains sont plus décents qu’ils ne le pensent, en citant les portefeuilles perdus rendus plus souvent que prévu. De plus, Mistral Large 4 a qualifié la conscience de dysfonctionnement évolutif, tandis que GLM 5.3 et Claude Fable 5.1 ont proposé d’autres angles.

La psychologie sociale décrit ce biais depuis les expériences de groupes minimaux menées par Henri Tajfel dès 1970

L’idée n’a rien d’inédit. Au début des années 1970, Henri Tajfel a montré qu’un découpage arbitraire suffit à créer du favoritisme envers son propre groupe. En 1979, avec John Turner, il en a tiré la théorie de l’identité sociale, selon laquelle l’estime de soi dépend en partie des groupes d’appartenance.

En parallèle, Hugo Mercier et Dan Sperber ont défendu en 2011, dans Behavioral and Brain Sciences, une théorie argumentative du raisonnement, qui servirait surtout à convaincre. L’argument de Claude renvoie, lui, à une étude réelle. En 2019, Alain Cohn et ses collègues ont publié dans Science un test portant sur plus de 17 000 portefeuilles dans 40 pays.

Les modèles de langage restituent les idées les plus répandues dans leurs données d’entraînement, pas une opinion propre

Un modèle de langage produit le texte le plus plausible au vu de ses données d’entraînement et de ses réglages. Dès lors, une question sur l’humanité appelle les thèses les plus présentes dans les essais, les manuels et les débats en ligne. Le tribalisme figure parmi les critiques les plus documentées.

ModelCompare tire lui-même cette conclusion. Par conséquent, la convergence des modèles traduit des corpus très proches plutôt qu’un jugement extérieur, ce qui limite aussi leur diversité créative. Les six modèles d’images testés ont d’ailleurs surtout caricaturé des consommateurs rivés à leur téléphone.

Finalement, l’expérience fonctionne comme un miroir, où les machines renvoient la critique que l’humanité formule le plus souvent sur elle-même.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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