
En août 1939, des archéologues avaient découvert des centaines de fragments d’ivoire de mammouth dans une grotte du sud de l’Allemagne. Il a fallu attendre 40 ans pour qu’ils reconstituent le puzzle : une remarquable sculpture d’homme-lion.
Lego préhistorique
Mis au jour à Hohlenstein-Stadel quelques semaines seulement avant le début de la Seconde guerre mondiale, ces témoignages préhistoriques sont rapidement transférés aux archives du musée d’Ulm, peu de temps avant que les fouilles du site préhistoriques ne soient abandonnées. Si les bombardements alliés détruisent en grande partie la ville allemande, les morceaux d’ivoire sont miraculeusement épargnés.
Ce n’est qu’en 1969 qu’ils bénéficient d’un examen approfondi. À cette époque, l’archéologue Joachim Han se lance dans un travail minutieux de reconstitution, assemblant environ 200 d’entre eux comme un Lego. En 1988, de nouvelles pièces du puzzle sont excavées à Hohlenstein-Stadel, ce qui va permettre d’affiner davantage la silhouette de l’objet.
Connue sous le nom « d’Homme-lion de Hohlenstein-Stadel », la sculpture mesure une trentaine de centimètres de haut et semble représenter, comme son nom l’indique, une créature anthropomorphe à tête de lion.
Les datations de sédiments révèlent que celle-ci a été façonnée il y a environ 40 000 ans, impliquant que le fauve soit un lion des cavernes eurasien (Panthera leo spelaea), qui prospérait alors dans cette partie du globe, et dont les témoignages ont été trouvés jusqu’en Italie.

L’un des plus anciens exemples d’art figuratif connus
Faisant partie des plus anciens exemples figuratifs connus, cette oeuvre constitue un témoignage remarquable de l’expression artistique des humains de l’ère glaciaire et suggère un système de croyances précoce et complexe.
Ce n’est que deux millénaires plus tard que ce type de créations ont commencé à se répandre en Eurasie : une sculpture très similaire, également taillée dans de l’ivoire de mammouth, a notamment été exhumée de la grotte de Hohle Fels, dans le sud-ouest de l’Allemagne.
Si une telle « mode » pourrait refléter une complexification de nos sociétés, caractérisée par le développement et la transmission d’identités visuelles fortes, elle reste indissociable de nombreuses cultures ultérieures du monde entier, suggérant que dans de nombreux cas, nos ancêtres soient parvenus indépendamment aux mêmes concepts figuratifs.
Au cœur de la mythologie égyptienne, les figures mi-homme mi-animal sont également récurrentes dans l’art amérindien.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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