La vie tragique de Julia Pastrana, la « femme singe » exhibée comme une bête de foire au 19e siècle

La vie tragique de Julia Pastrana, la « femme singe » exhibée comme une bête de foire au 19e siècle

En dépit du fait que Julia Pastrana sache chanter, danser et parler plusieurs langues, elle fut présentée au public comme « la femme singe » ou « la femme la plus laide du monde » à l’occasion d’exhibitions dégradantes connues en Amérique sous le terme de « Freak Show ». Retour sur le destin tragique de cette femme atteinte d’une maladie génétique rare : l’hypertrichose.

UN DESTIN TRAGIQUE

Lorsque la mère de Julia Pastrana découvre l’étrange apparence de l’enfant qu’elle vient de mettre au monde, elle est persuadée d’avoir été frappée par une terrible malédiction et décide de vivre recluse dans une grotte en compagnie de sa fille. Deux ans plus tard, des bergers mexicains les découvrent et choisissent de les conduire dans la ville la plus proche. Malgré son apparence inhabituelle, les locaux ne tardent pas à se prendre d’affection pour la douce Julia, et le gouverneur la recueille et l’élève chez lui.

À l’âge de vingt ans, Julia Pastrana décide de quitter la maison du gouverneur et de retourner auprès des siens, dans les montagnes de l’ouest du Mexique. Chose qui ne se produira malheureusement jamais, puisqu’elle rencontre en chemin un promoteur peu scrupuleux nommé Theodore Lent, qui va changer à jamais son destin.

Jugés dégradants et interdits en Europe à la fin du 19e siècle, les « Spectacles de Monstres », ou « Freak Shows », ont perduré aux États-Unis jusqu’en 1950

Lent parvient à convaincre la jeune femme que sa place est sur scène, et lui promet gloire et fortune si cette dernière accepte de le rejoindre.

Au milieu d’un 19e siècle, Julia Pastrana commence à faire parler d’elle aux États-Unis. Bien que cette jeune femme à la pilosité sur-développée sache chanter, danser et parler plusieurs langues, elle est présentée comme « la femme singe du Mexique », et son promoteur n’hésite pas à éveiller l’attention du public lors des représentations auxquelles elle participe en mettant en avant le fait qu’elle soit mi-femme mi-animal.

Certains « pseudo-scientifiques » de l’époque victorienne, dont les thèses sont essentiellement basées sur des conceptions et des clichés racistes, défendent ardemment la vision de Theodore Lent, et vont même jusqu’à réaliser de faux certificats affirmant que Pastrana appartient à une nouvelle espèce hybride mi-singe mi-humaine, qui sont placardés dans toutes les villes où elle se produit.

Bien évidemment, Pastrana est également examinée par de véritables hommes de science, parmi lesquels le naturaliste anglais Charles Darwin, qui se rendent rapidement compte que la jeune femme souffre en réalité d’une maladie génétique extrêmement rare. Ce dernier la décrit d’ailleurs comme « une femme à la beauté remarquable dotée une barbe épaisse et d’un front hirsute ».

CHARLES DARWIN LA DÉCRIT COMME « UNE FEMME À LA BEAUTÉ REMARQUABLE DOTÉE D’UNE BARBE ÉPAISSE ET D’UN FRONT HIRSUTE »

La célébrité de Julia Pastrana ne cessant de grandir, Lent réalise rapidement qu’il risque de perdre son numéro vedette si un autre promoteur fortuné vient à l’engager. Il décide donc de la lier à lui de façon permanente en la demandant en mariage.

Deux affiches annonçant les représentations de Julia Pastrana à la Regent Gallery

Difficile cependant d’imaginer que cette union soit le fruit d’une quelconque romance entre ce promoteur véreux et son attraction fétiche, bien que plusieurs écrits de l’époque précisent que la jeune femme lui était « profondément dévouée ».

En 1859, Pastrana tombe enceinte alors que le couple est en voyage à Moscou. En raison de sa taille minuscule (environ 1m34) et de l’étroitesse de son bassin, les médecins craignent que l’accouchement ne soit difficile, et leurs inquiétudes ne tardent pas à se vérifier : les nombreuses complications et l’utilisation de forceps entrainent de graves blessures qui se révèlent fatales à la mère et au nouveau-né, également atteint d’hypertrichose.

Theodore Lent semble plus dévasté par la perte de son attraction phare (qui constitue alors sa principale source de revenus) que par celle de sa femme et de son enfant. Ce dernier réussit cependant à se « consoler » en confiant leurs dépouilles au professeur Sokoloff, de l’Université de Moscou, qui les embaume en utilisant une technique novatrice particulièrement efficace.

Impressionné par la qualité du travail réalisé par Sokoloff, Lent prend conscience qu’il pourra continuer à gagner de l’argent en exhibant les corps embaumés de Julia Pastrana et de son fils, et décide de les racheter afin de pouvoir les exposer à Londres.

SANS SCRUPULES, THEODORE LENT RACHÈTE LES DÉPOUILLES EMBAUMÉES DE JULIA ET DE SON FILS ET LES EXPOSE À LONDRES

Durant plus d’un siècle, les corps embaumés de Julia et de son enfant sont montrés au public à l’occasion de diverses expositions organisées partout en Europe, avant que le gouvernement norvégien ne décide d’interdire cette exhibition et ordonne leur confiscation durant les années 1970. Il faut finalement attendre 2013 pour que la dépouille de Pastrana ne soit restituée à son pays d’origine, à la suite d’une pétition officielle déposée par plusieurs hommes politiques mexicains. Elle repose actuellement dans un cimetière de l’État du Sinaloa, enfin libérée des regards indiscrets.

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