
Si l’on attribue souvent le succès de notre lignée à notre intellect supérieur et notre esprit de compétition, de récents travaux soulignent davantage le rôle de nos émotions profondes.
Conscience émotionnelle de soi et empathie
Chaque espèce se distingue par des adaptations qui lui permettent d’occuper une niche écologique donnée. Dans le cas d’Homo sapiens, les facettes sous-tendant le développement de systèmes sociaux et matériels complexes font débat. Les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans le Journal of Archaeological Science, ont spécifiquement exploré l’influence de notre cognition sociale et émotionnelle dans un tel contexte.
« Elles ont largement contribué à l’évolution bio-culturelle de notre espèce, en nous permettant de nouer des relations complexes, favorisant ainsi la collaboration et l’échange d’idées », écrivent-ils. « Ces liens se sont rapidement étendus au-delà de notre cercle familial, conduisant à l’émergence de tribus, clans, réseaux commerciaux et civilisations. »
L’équipe estime que la conscience émotionnelle de soi et l’empathie ont probablement joué un rôle clé, en permettant à nos lointains ancêtres de se préoccuper du bien-être de chacun, de supporter la frustration, de planifier collectivement des actions, de faire des sacrifices et d’accorder leur confiance à autrui.
« Dans le contexte de l’évolution humaine, nous soutenons que la capacité progressive à réguler nos émotions a constitué une avancée significative qui se reflète dans les témoignages archéologiques du Pléistocène [il y a entre 2,6 millions d’années et 11 700 ans] », détaillent les chercheurs.

Preuves archéologiques
Parmi les preuves tangibles, les chercheurs citent la découverte d’ossements d’individus handicapés ou âgés qui n’auraient pu survivre sans le soutien de leur communauté. Les chercheurs évoquent notamment un Néandertalien qui vivait dans ce qui est aujourd’hui l’Irak il y a 50 000 ans. Présentant un ensemble de graves lésions osseuses cicatrisées, celui-ci aurait été étroitement pris en charge par ses proches pendant des années.
Les sépultures délibérées, parfois ornées, observées chez plusieurs représentants disparus de notre lignée suggèrent également une compréhension précoce de la mort et l’émergence de pratiques rituelles.
Alors que le darwinisme se fonde essentiellement sur l’idée de la « loi du plus fort » pour expliquer la persistance des espèces, avec la compassion et la sensibilité constituant de potentielles faiblesses dans un monde impitoyable, ces nouvelles recherches brossent un tableau bien plus nuancé pour les humains.
Plus tôt cette année, une étude avait exploré l’influence de l’utilisation du feu sur notre évolution biologique.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
Étiquettes: humain, Homo sapiens, évolution
Catégories: Actualités, Histoire