Durant la guerre froide, l’armée américaine a mené deux essais nucléaires d’envergure sur l’atoll de Bikini. Connus sous les noms d’Opération Crossroads et Castle Bravo, ces tests ont non seulement contraint les habitants de l’île à partir, mais également contaminé durablement la région.
UNE ÎLE ISOLÉE EN PLEIN PACIFIQUE
Les habitants de l’atoll de Bikini, situé au beau milieu du Pacifique, à un peu plus de 2 000 kilomètres de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, vivaient une existence paisible avant que les Japonais ne transforment l’île en avant-poste militaire pendant la Seconde Guerre mondiale.
Au sortir de ce conflit planétaire, les États-Unis comprennent rapidement que le caractère isolé de l’atoll en fait l’endroit idéal pour y réaliser des essais nucléaires. Un dimanche de février 1946, l’armée américaine demande à ses habitants s’ils seraient prêts à quitter temporairement les lieux « pour le bien de l’humanité et afin de mettre un terme à toutes les guerres mondiales ».

Persuadés qu’ils pourront regagner rapidement l’île une fois les essais atomiques terminés, les insulaires, qui n’imaginent pas une seconde que les retombées radioactives rendront l’atoll de Bikini inhabitable pendant plus de 80 ans, acceptent de quitter les lieux.
Les essais nucléaires débutent cette même année avec l’Opération Crossroads, mais sont finalement interrompus pour des raisons de sécurité, après l’explosion sous-marine de Baker, le 25 juillet 1946.
Ce jour-là, la détonation soulève plus d’un million de mètres cubes d’eau hautement radioactifs et forme des tsunamis de plus de 30 mètres de haut qui engloutissement la flotte d’essai stationnée à proximité, composée de vieux navires américains et de vaisseaux de l’Axe capturés durant la guerre.
Il faut ensuite attendre 1954 avant qu’une nouvelle série d’essais atomiques ne soit menée, et les conséquences environnementales engendrées vont une nouvelle fois s’avérer terribles pour l’atoll de Bikini et les îles alentours.
La détonation qui a lieu le 1er mars 1954 dans le cadre de l’Opération Castle consiste à tester l’efficacité d’un nouveau prototype de bombe à hydrogène, assez petite pour être transportée par un avion mais capable de libérer une énergie suffisante pour raser une ville entière.
La bombe s’avère finalement 1 000 fois plus puissante que celle larguée dans le ciel d’Hiroshima, et il s’agit encore aujourd’hui de l’engin nucléaire le plus puissant jamais utilisé par les américains (15 mégatonnes).
CASTLE BRAVO EST 1 000 FOIS PLUS PUISSANTE QUE LA BOMBE LARGUÉE AU DESSUS D’HIROSHIMA
Deux choses vont terriblement mal tourner avec Castle Bravo : les scientifiques américains ont grandement sous-estimé le rendement de la bombe (qui s’avère deux fois plus important que leurs prévisions), et les vents tournent brusquement lors de sa détonation, précipitant les retombées radioactives sur les îles habitées de la région.
DE HAUTS NIVEAUX DE RADIOACTIVITÉ
Dans les atolls alentours, les enfants, persuadés que la substance poudreuse qui tombe du ciel est de la neige, commencent à la manger. Il faut attendre deux jours avant que les insulaires, exposés à des niveaux extrêmement élevés de radioactivité, ne commencent à être évacués par l’armée américaine.
Un navire de pêche japonais situé à une centaine de kilomètres du site est également exposé à ces retombées, tandis que les forts vents océaniques dispersent les particules radioactives jusqu’en Europe.
Bien que les essais nucléaires sur l’atoll de Bikini prennent officiellement fin en 1958, les forts niveaux de radiation observés empêchent ses habitants de regagner leur île. Le président Johnson promet que les États-Unis vont faire le nécessaire, et annonce la mise en place d’un plan de huit ans consistant à nettoyer l’île de ses débris radioactifs.
Trente ans après le début des essais nucléaires, une bonne partie des insulaires commence à regagner l’atoll, mais à l’occasion d’une banale mission de surveillance menée en 1978, les États-Unis constatent qu’ils sont toujours exposés à des niveaux de radioactivité dangereusement élevés.
Les habitants de l’atoll de Bikini sont une nouvelle fois évacués et la plupart d’entre eux ne regagneront jamais leur île. Bien qu’il accueille aujourd’hui des missions scientifiques ponctuelles, sa végétation et ses sols restent hautement contaminés.
LA PLUPART DES HABITANTS DE L’ATOLL DE BIKINI NE REGAGNERONT JAMAIS LEUR ÎLE

Un accord entre les États-Unis et les îles Marshall a permis la mise en place d’un fonds de 150 millions de dollars en 1986. Celui-ci avait pour objectif de faciliter le suivi médical et l’indemnisation des habitants des atolls les plus impactés par les essais nucléaires, mais s’est avéré bien insuffisant pour couvrir la totalité des dommages causés.
