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En Saône-et-Loire, des dunes de sable bordent une tourbière à droséras, et leur relief est plus récent qu’il n’y paraît

Près de la confluence de la Saône et de la Seille, une réserve naturelle protégée par l’État réunit des étendues sableuses, une tourbière et un étang. Ces « dunes » intriguent, loin de tout rivage. Les études menées sur place montrent que le vent, la rivière et les humains les ont façonnées, à côté de plantes carnivores nichées dans les sphaignes.

Butte de sable clair couverte de lichens et de mousses, bordée de pins sylvestres et de bruyères, avec une zone humide à sphaignes en contrebas
La réserve naturelle nationale de La Truchère-Ratenelle associe sables éoliens et tourbière acide sur environ 93 hectares. Son relief dunaire actuel serait postérieur au Moyen Âge. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Créée par le décret du 3 décembre 1980, la réserve couvre officiellement 93,04 hectares en pleine Bresse

L’idée de protéger ce secteur naît dès 1970, afin d’empêcher l’extraction de sable et de tourbe ainsi que l’urbanisation. Ensuite, le décret n° 80-993 du 3 décembre 1980 instaure la protection, à cheval sur La Truchère et Ratenelle. Un second décret, daté du 24 août 2005, a modifié ce texte.

Selon l’Inventaire national du patrimoine naturel, la surface officielle atteint 93,04 hectares, en catégorie IV de l’UICN. Depuis 1990, le Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne gère le site. Ainsi, son quatrième plan de gestion, établi pour 2016-2025, encadre suivis scientifiques et travaux.

Des sables d’origine fluviale déplacés par le vent depuis le Mésolithique ont façonné ces dunes continentales

Le plan de gestion s’appuie notamment sur une étude publiée en 2012 par Steinmann et ses collègues. Grâce au géoradar, une méthode non destructive, l’équipe a analysé la structure interne des buttes. Par ailleurs, la forme des grains de sable confirme un transport éolien de matériaux initialement apportés par les cours d’eau.

Ce déplacement aurait commencé au Mésolithique, puis gagné en intensité entre le Ve et le XVe siècle. Les auteurs relient cette phase au défrichement d’anciennes terrasses sableuses très anciennes, datées de 3,4 à 2,6 millions d’années. De plus, le Conservatoire indique que les étendues sableuses et la tourbière se formaient déjà il y a plus de 10 000 ans.

Cependant, le relief visible aujourd’hui serait plus jeune. Les couches de sable, horizontales, sont recoupées par la surface actuelle, signe d’une érosion survenue après la fin du Moyen Âge. Dès lors, des crues de la Saône ou de la Seille, ou des extractions anciennes, pourraient expliquer ces formes.

Dans la tourbière de la Lioche, les sphaignes accueillent le droséra à feuilles rondes et son cousin intermédiaire

À quelques pas du sable sec, la tourbière boisée de la Lioche offre un milieu gorgé d’eau et acide. Les tapis de sphaignes y retiennent l’humidité en permanence. Or, ce type d’habitat se rencontre plus souvent en montagne ou sous des climats plus frais qu’en plaine de Saône.

Deux espèces de droséras y sont recensées. Le droséra à feuilles rondes pousse dans la tourbière, tandis que le droséra intermédiaire se développe dans les zones humides proches des sables. Leurs feuilles couvertes de poils collants capturent de petits insectes, un apport d’azote précieux dans un sol pauvre.

En parallèle, l’étang Fouget, d’environ 5,7 hectares, complète cette mosaïque humide.

Sans pâturage ni travaux réguliers, les pelouses sur sable reculeraient au profit des landes puis de la forêt

Livrés à eux-mêmes, les espaces sableux se referment progressivement. Les pelouses pionnières laissent la place aux landes, puis aux boisements. Par conséquent, le gestionnaire intervient pour conserver ces clairières.

Le Conservatoire a ainsi programmé des opérations de hersage, de coupe et d’arrachage d’arbres. En outre, des troupeaux ont retrouvé le chemin du site pour l’entretien courant. Un sentier pédagogique guide aussi les visiteurs entre sable et tourbe.

Ces dunes illustrent ainsi un paradoxe fréquent en conservation. Pour préserver un paysage né en partie des activités humaines, la réserve doit maintenir artificiellement un milieu que la nature recouvrirait de forêt.

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