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Bâtie comme une ruine dès l’origine, la colonne du Désert de Retz servait de demeure à un aristocrate du XVIIIe siècle

À Chambourcy, dans les Yvelines, une immense colonne tronquée se dresse au milieu d’un parc boisé depuis la fin du XVIIIe siècle. Ce jardin imaginé par François Racine de Monville abritait en réalité une maison habitée. Retour sur une folie architecturale devenue propriété communale et monument historique.

Énorme colonne cannelée en pierre claire au sommet volontairement brisé, percée de petites fenêtres, dressée au milieu d'une pelouse entourée de grands arbres
Construite vers 1781 pour François Racine de Monville, la colonne détruite imite une ruine antique mais servait de logement. Le Désert de Retz est classé monument historique depuis 1941. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Racine de Monville achète un terrain en lisière de la forêt de Marly en 1774 et le transforme en jardin anglo-chinois

Né en 1734, François Racine de Monville appartient à la haute société parisienne de la fin de l’Ancien Régime. Musicien, botaniste et amateur d’architecture, il acquiert en 1774 une propriété à Chambourcy, près de Saint-Germain-en-Laye. Par la suite, il agrandit le domaine par achats successifs.

Le terme de « désert » désigne alors un lieu retiré, propice à la solitude. Ainsi, Monville y aménage un jardin anglo-chinois parsemé de fabriques, parmi lesquelles un temple, une glacière en pyramide, une tente tartare, une maison chinoise et une église gothique en ruine. Chacune invite le promeneur à un voyage imaginaire à travers les époques et les continents.

Haute d’environ 25 mètres, la colonne détruite abrite plusieurs niveaux habitables autour d’un escalier en colimaçon

Vers 1781, Monville fait construire la pièce maîtresse du parc, la colonne détruite. Ce fût cannelé d’ordre toscan paraît brisé net par la foudre ou les siècles. En réalité, l’effet est voulu dès la conception, jusqu’aux fausses fissures du sommet.

Les dimensions couramment citées, environ 25 mètres de hauteur pour une quinzaine de mètres de diamètre, restent des ordres de grandeur. De plus, l’intérieur s’organise en plusieurs étages desservis par un escalier central en spirale.

Des fenêtres percées dans les cannelures éclairent les pièces sans trahir l’illusion extérieure. Dès lors, Monville s’installe à partir de 1782 dans ce manifeste architectural, qui marie le goût des ruines au confort d’une résidence neuve.

Vendu en 1792 puis délaissé durant plus d’un siècle, le domaine frôle la disparition avant son classement en 1941

La Révolution bouleverse le destin du parc. Monville cède le domaine, en 1792 selon la date la plus souvent retenue, à l’Anglais Lewis Disney Ffytche, dont les biens sont ensuite placés sous séquestre. Monville meurt pour sa part en 1797.

Au fil du XIXe siècle et du début du XXe, les propriétaires successifs laissent les fabriques se dégrader. Cependant, l’intérêt d’écrivains et d’artistes entretient la réputation du lieu. Par conséquent, l’État classe l’ensemble au titre des monuments historiques par décret du 9 avril 1941.

Ce classement ne suffit pas à enrayer la ruine. Il faut attendre les années 1970 pour que l’État finance des travaux de sauvetage. Ensuite, la colonne est restaurée à la fin des années 1980 grâce au soutien de fondations américaines, avec le rétablissement de ses fausses fissures.

Propriété de la commune de Chambourcy depuis 2007, le Désert de Retz rouvre au public par des visites encadrées

En 2007, la commune de Chambourcy rachète le domaine, selon l’Inventaire général du patrimoine culturel d’Île-de-France. Ensuite, le parc rouvre progressivement au public à partir de 2009. Une dizaine de fabriques subsistent aujourd’hui, sur la vingtaine édifiées par Monville.

Les conditions d’accès varient selon les saisons. En pratique, le site ouvre surtout le week-end, en visite libre ou guidée, ainsi que lors d’événements comme les Journées européennes du patrimoine. Par ailleurs, la billetterie passe par le site officiel du domaine et par la mairie.

Près de deux siècles et demi après sa construction, la colonne détruite continue de brouiller la frontière entre vestige et décor. Surtout, elle rappelle qu’une fantaisie d’aristocrate peut devenir un patrimoine public, à condition d’être sauvée à temps.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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