Des tablettes romaines découvertes en Belgique livrent enfin leurs secrets grâce à la science moderne. Longtemps jugées illisibles, ces reliques en bois révèlent désormais la vie quotidienne d’une cité antique. Plongée au cœur de cette enquête scientifique qui ressuscite une administration longtemps oubliée.

À Tongres, des fragments de bois ignorés deviennent des sources majeures grâce à une redécouverte archéologique décisive
Tout commence par une intuition scientifique au musée gallo-romain de Tongres. Mis de côté pendant des décennies, ces fragments de bois paraissaient muets pour les premiers archéologues. Pourtant, une récente collaboration internationale a permis de révéler ces témoignages essentiels du passé.
L’équipe de chercheurs allemands et belges a accompli un véritable exploit technique sur ces 85 tablettes. Si la cire d’écriture a disparu depuis longtemps, les stylets ont laissé des empreintes matérielles. Ces traces minuscules racontent aujourd’hui l’histoire d’une frontière impériale.
Des outils d’imagerie avancés rendent lisibles des textes effacés en révélant l’invisible à la surface du bois ancien
Lire sans encre ni cire relève d’un défi technologique pour les épigraphistes contemporains. La méthode de transformation par réflectance (RTI) capte la surface sous tous les angles lumineux possibles. Cette technique de pointe révèle ainsi les plus fines microdéformations du bois.
Le défi technique est considérable, car les textes se superposent souvent sur un même support. Il faut distinguer les écritures anciennes des couches plus récentes ajoutées par les scribes romains. Cette complexité impose aux experts de reconstituer patiemment chaque mot.
L’état de conservation du matériau complique encore l’analyse de ces documents administratifs antiques. Les fissures naturelles du bois peuvent parfois tromper l’œil, même averti, des spécialistes. Seule une grille d’analyse rigoureuse permet de valider ces inscriptions fossilisées exceptionnelles.
Briser puis brûler les tablettes : une stratégie assumée qui éclaire la gestion romaine des informations sensibles
L’analyse du contexte archéologique fait émerger une hypothèse précise sur la gestion de l’information. Certains lots de tablettes ont été brisés puis brûlés avant immersion. Ce geste volontaire indique une intention claire d’effacement documentaire.
Les Romains pratiquaient déjà une forme ancienne de protection des données jugées confidentielles ou obsolètes. Jeter ces écrits au fond d’un puits assurait leur disparition définitive aux yeux de tous. Cette méthode empêchait toute récupération d’informations politiques sensibles.
Des documents administratifs rares révèlent le fonctionnement et la diversité sociale d’une province romaine frontalière
Le contenu de ces écrits révèle une administration romaine structurée et strictement hiérarchisée. On y identifie des magistrats locaux et des assistants chargés de maintenir l’ordre public. Ces documents officiels confirment l’intégration complète de cette cité dans les rouages impériaux.
Une découverte marquante concerne la diversité des noms portés par les habitants. Des origines latines côtoient des noms celtiques et germaniques, dessinant un paysage culturel composite. Cela atteste l’existence d’une population provinciale aux identités multiples.
L’étude met également en évidence l’éducation des jeunes et la présence de militaires vétérans. Des exercices scolaires apparaissent aux côtés d’actes juridiques complexes rédigés par d’anciens soldats de la flotte. Ces écrits illustrent concrètement le dynamisme social d’Atuatuca Tungrorum.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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