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Derrière les promesses d’IA verte, les géants du numérique misent sur une technologie qui inquiète les sismologues

Les géants du numérique promettent une IA décarbonée grâce à la géothermie de nouvelle génération. Mais sous terre, la technologie utilisée rappelle celle de la fracturation hydraulique, et les sismologues s’inquiètent. Décryptage pédagogique et sans détour d’un pari énergétique aussi ambitieux que controversé.

Installation de géothermie profonde utilisant des forages industriels pour alimenter un centre de données, une technologie énergétique controversée liée au développement de l’IA.
Des forages de géothermie profonde destinés à fournir une énergie continue aux centres de données d’intelligence artificielle, une solution bas carbone qui soulève des inquiétudes sismiques – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Pourquoi l’explosion des modèles d’IA générative entraîne une demande énergétique sans précédent et pousse les géants du numérique vers des solutions radicales

Les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle fonctionnent jour et nuit, mobilisant des milliers de processeurs spécialisés. Chaque requête, chaque image générée, chaque modèle entraîné consomme de l’électricité et nécessite un refroidissement massif. À mesure que les algorithmes gagnent en complexité, leur appétit énergétique progresse à un rythme exponentiel.

Selon plusieurs projections industrielles, la consommation électrique liée à l’IA générative pourrait doubler avant la fin de la décennie. Pour les entreprises technologiques, maintenir des engagements de neutralité carbone devient un défi colossal. Les énergies solaire et éolienne, intermittentes par nature, peinent à garantir une production continue adaptée aux besoins permanents des serveurs.

Comment la géothermie profonde nouvelle génération promet une production d’électricité stable, massive et sans émissions directes de carbone

La géothermie profonde repose sur une idée simple : aller chercher la chaleur stockée naturellement dans les roches situées à plusieurs kilomètres sous la surface. Cette chaleur, quasi inépuisable à l’échelle humaine, peut produire une électricité stable, indépendante des conditions météorologiques, et sans combustion d’énergies fossiles.

Les projets récents s’appuient sur des forages très profonds afin d’atteindre des roches chaudes mais sèches. De l’eau est injectée sous pression pour circuler dans les fractures, se réchauffer puis remonter vers la surface. La vapeur obtenue entraîne des turbines électriques, fournissant une puissance continue, capable d’alimenter l’équivalent de centaines de milliers de foyers.

Pourquoi la technique utilisée ressemble fortement à la fracturation hydraulique et alerte la communauté scientifique

Pour créer un réservoir artificiel dans la roche, les ingénieurs utilisent une méthode proche de la fracturation hydraulique connue dans l’exploitation du gaz. L’injection d’eau à haute pression fissure les formations géologiques afin d’améliorer la circulation thermique. Techniquement efficace, cette approche modifie néanmoins les contraintes naturelles du sous-sol.

Les sismologues observent que ces injections peuvent réactiver des failles préexistantes. Dans certains pays, des projets géothermiques expérimentaux ont déjà provoqué des microséismes, généralement faibles mais parfois perceptibles par les populations locales. Ces événements, bien que rarement dangereux, soulèvent des questions sur la maîtrise des risques à grande échelle.

La difficulté réside dans la prévision. Le sous-sol est un milieu complexe, hétérogène, où la pression et la température varient considérablement. Même avec des capteurs sophistiqués et une surveillance continue, anticiper précisément l’ampleur d’une réponse sismique demeure délicat. L’enjeu consiste donc à concilier innovation énergétique et sécurité géologique.

Entre promesse climatique et incertitudes sismiques, un choix stratégique qui redessine l’avenir énergétique du numérique

Pour les géants du numérique, investir dans la géothermie avancée représente un levier stratégique majeur. Cette source offre une production pilotable, compatible avec des centres de données gourmands et continus. Elle permettrait de réduire la dépendance au charbon et au gaz, tout en soutenant l’essor rapide de l’IA mondiale.

Mais la transition énergétique ne peut ignorer les territoires concernés. Les communautés locales exigent transparence, études d’impact rigoureuses et mécanismes d’arrêt en cas d’activité anormale. L’acceptabilité sociale devient aussi cruciale que la performance technique, surtout lorsque le mot séisme entre dans la conversation.

À long terme, la question dépasse la seule technologie. Elle interroge le modèle de développement numérique lui-même : faut-il produire toujours plus de puissance de calcul, ou optimiser l’efficacité énergétique des algorithmes ? Entre promesse d’une énergie bas carbone et prudence scientifique, l’équation reste ouverte.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Futura

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