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Vous ne l’imagineriez pas aujourd’hui mais le jeu vidéo a bien failli mourir en 1983

En 1982 l’industrie du jeu vidéo était florissante. Mais en 1983, elle s’était complètement effondrée… Les commentateurs n’ont pas été longs à enterrer le média, prêts à le reléguer au rang des phénomènes qui ne sont que des modes éphémères. Heureusement, l’histoire leur a donné tort, mais on se demande quand même comment un crash aussi grave a pu avoir lieu. On revient avec vous sur cet épisode historique qui a marqué l’industrie vidéoludique.

 

On a souvent l’impression que les jeux vidéo sont un média jeune, mais ils ont en fait une longue histoire avec des hauts et des bas. En l’occurrence, parmi les moments où le jeu vidéo a été au plus mal, on trouve ce qui est en général appelé le Krach de 1983. Il ne s’agit certes pas d’un krach au sens strict, puisqu’un krach est un phénomène propre aux capitalisations boursières, et cet évènement s’est en fait surtout étalé sur l’année 1984, mais cette crise a été suffisamment impressionnante pour qu’on lui attribue ce nom. À l’époque les grands médias généralistes y ont d’ailleurs vu la fin précipitée d’une mode passagère, et pour eux le jeu vidéo était mort et enterré.

 

Pour comprendre comment cette crise a pu autant marquer les esprits, il faut déjà revenir à ce qu’était l’industrie vidéoludique avant qu’elle ait lieu : le jeu vidéo était alors florissant et avait le vent en poupe. Sur la seule année 1983 le marché vidéoludique représentait plus de 3 milliards de dollars de revenus et paraissait encore en pleine expansion. Depuis la fin des années 1970 les jeux vidéo avaient quitté les salles d’arcade pour s’installer dans les foyers, avec comme fer de lance de cette tendance la console Atari 2600, sortie en 1977. La console d’Atari était le support le plus répandu du marché, et grâce à ses cartouches interchangeables, sa durée de vie était quasiment infinie puisqu’elle pouvait accueillir autant de jeux que les développeurs pouvaient en fournir.

 

L’Atari 2600, la console emblématique de l’époque du « krach » du jeu vidéo :

 

En effet vous pouviez publier tout ce que vous vouliez sur la console pour peu que vous ayez les moyens de le faire. De plus les jeux n’étaient pas considérés comme des produits culturels mais comme de simples biens de consommation. Les développeurs d’Atari ne recevaient donc pas de pourcentages des recettes par exemple, fait qui en a poussé certains à quitter la société et à fonder Activision, premier éditeur tiers de l’histoire à sa création en 1979. Le marché du jeu vidéo fonctionnait alors sur le même modèle que celui du jouet : les jeux étaient distribués aux magasins par les développeurs également distributeurs, et si ces derniers n’étaient pas vendus au bout d’un certain temps les commerces renvoyaient les jeux à leurs créateurs et ces derniers les remboursaient ou leur envoyaient d’autres jeux.

 

Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes et le public était demandeur. Cependant ce sont tous les ingrédients cités plus haut qui ont conduit au désastre. Comme les jeux vidéo étaient un secteur porteur et en pleine croissance au tout début des années 1980, de très nombreuses personnes ont tenté de surfer sur la vague. Pour développer des jeux rapidement et à moindre frais, beaucoup de copies de jeux à succès, comme Pac-Man et Casse-briques, étaient créées à la va-vite, quand il ne s’agissait pas de jeux originaux sans queue ni tête. Ces innombrables jeux de piètre qualité ont rapidement surchargé le line-up de l’Atari 2600, puisqu’il n’y avait aucune vérification de la part d’Atari sur la nature des titres édités sur sa machine.

 

Le Casse-briques d’Atari, l’un des plus beaux succès de l’entreprise : 

 

Non seulement le marché ne pouvait pas absorber autant de jeux, mais en plus de cela la plupart des productions étaient très mauvaises, quand des jeux ne provoquaient pas le scandale avec un contenu sexuel ou raciste comme l’ignoble Custer’s Revenge. Dès la fin 1983 les magasins de jouets n’arrivaient plus à écouler leurs stocks, mais ils ne pouvaient pas les renvoyer à leurs pourvoyeurs, car ces derniers étaient en général des structures trop petites pour dédommager les réseaux de distribution. Résultat : les commerces ont décidé de casser les prix pour tout de même écouler leurs cartouches, allant jusqu’à diviser les prix par sept, et de très nombreux développeurs-éditeurs, grands ou moins grands, ont fait faillite.

 

Symbole de cette immense débâcle, le jeu vidéo E.T. l’extraterrestre, exclusivité Atari autour de laquelle la société avait énormément communiqué, fut un tel échec que les stocks invendus furent brûlés et enterrés dans le désert du Nouveau-Mexique. En 1984 la catastrophe n’était donc pas seulement économique, mais critique. E.T. avait été le porte-étendard calamiteux d’une industrie qui allait pour un temps être vue comme un repère de tâcherons qui avait donné à l’un des plus grands succès cinématographiques populaires une adaptation tellement bâclée qu’elle était injouable.

 

E.T. l’extraterrestre, réputé pour être l’un des pires jeux jamais faits : 

 

Atari allait sortir très amoindri de ce désastre, et de nombreux constructeurs qui n’étaient pas spécialisés dans les jeux vidéo comme Mattel se sont définitivement retirés du marché. Pourtant les jeux vidéo n’étaient pas mort, et le champ libre laissé par une société Atari durablement affaiblie allait, à l’horizon 1986, laisser le champ libre à des constructeurs de consoles venus d’autres horizons : Nintendo et Sega viendraient bientôt investir l’immense marché américain laissé presque à l’abandon, en retenant bien les erreurs de la précédente génération. Les jeux vidéo n’étaient pas mort et allaient renaître de leurs cendres.

 

Cet épisode de l’histoire de notre média favori parait tellement improbable qu’on peine à croire qu’il ait réellement eu lieu… Et pourtant, les choses se sont bien déroulées de cette manière, et l’industrie du jeu vidéo en a été marquée à jamais : pour notre plus grand bonheur, la débâcle d’Atari a laissé le champ libre à… Nintendo ! Et les jeux vidéo sont devenus ce que l’on connait aujourd’hui. Aimeriez-vous vous retrouver dans un monde où Atari dominerait encore le marché ?

Par Romain Berthommier, le

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