Aller au contenu principal

Contre toutes les prédictions, l’Amazonie se régénère en accéléré… mais ce phénomène pourrait être éphémère

Depuis cinquante ans, les scientifiques annonçaient un possible basculement de l’Amazonie sous l’effet du réchauffement climatique. Pourtant, une étude de référence met en lumière une réponse inattendue de la forêt tropicale. À rebours des scénarios dominants, les arbres utilisent le CO₂ atmosphérique pour accélérer fortement leur croissance.

Main d'un scientifique mesurant un tronc d'arbre en Amazonie avec un mètre ruban.
Les chercheurs mesurent la circonférence des arbres pour suivre leur croissance accélérée par le CO2. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Quarante ans de mesures continues dévoilent une dynamique forestière amazonienne que la science n’anticipait pas

Cette étude constitue une prouesse scientifique rare en Amérique du Sud. Près de cent chercheurs ont coordonné leurs travaux afin d’examiner avec rigueur 188 parcelles forestières distinctes. L’effort s’est étalé sur plus de quatre décennies, de 1971 jusqu’à 2015.

Les équipes ont mesuré la surface terrière des troncs avec une précision constante. Ces relevés livrent une chronique unique de l’évolution de la biomasse amazonienne sur le long terme. Les conclusions remettent aujourd’hui en question notre vision de la capacité d’adaptation des forêts tropicales.

L’augmentation du CO₂ atmosphérique stimule la croissance des arbres à une échelle jamais observée auparavant

Les données montrent une hausse moyenne de 3,3 % de la circonférence des arbres par décennie. Un rythme largement supérieur à celui anticipé par les modèles climatiques existants. Le carbone présent dans l’air agit comme un fertilisant global pour cet écosystème dense.

Le mécanisme est clair : les végétaux convertissent le surplus de CO₂ en biomasse. Cette fertilisation carbonée dope l’activité biologique de l’ensemble de la forêt. L’Amazonie ne se contente pas de subir le changement climatique, elle exploite temporairement cette ressource pour croître.

Fait marquant, ce gain de croissance concerne toutes les catégories d’arbres. Des jeunes plants aux géants centenaires, chacun profite de cet apport supplémentaire. Une réponse collective qui illustre la capacité d’adaptation de la forêt face aux émissions d’origine humaine.

Une redistribution des bénéfices qui remet en cause les modèles classiques de concurrence entre espèces

Les chercheurs s’attendaient à une concurrence accrue pour l’accès aux ressources. L’hypothèse dominante prévoyait que seuls les arbres les plus imposants tireraient avantage de ce contexte. Les observations révèlent au contraire un partage généralisé des gains entre espèces.

Ce fonctionnement va à l’encontre des scénarios les plus pessimistes de sélection écologique. Toutes les strates forestières participent au captage du carbone excédentaire. L’Amazonie s’impose ainsi comme un puits de CO₂ plus efficace qu’estimé jusqu’ici.

Un sursaut bénéfique à court terme, mais fragile face aux pressions climatiques appelées à s’intensifier

Cette phase de croissance offre un répit bienvenu pour l’équilibre climatique mondial. Les scientifiques restent toutefois prudents et appellent à une surveillance continue. D’autres pressions environnementales pourraient rapidement neutraliser cet effet positif.

La multiplication des sécheresses et l’élévation des températures fragilisent cet équilibre. Si les conditions deviennent trop extrêmes, la mortalité forestière augmentera mécaniquement. La forêt atteindra alors un seuil au-delà duquel sa capacité d’absorption du carbone déclinera.

La protection des zones amazoniennes encore préservées reste donc cruciale. Ce sursis offert par la nature doit être mis à profit sans attendre. Le devenir de ce poumon essentiel de la planète dépend désormais des décisions prises pour contenir le réchauffement climatique.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Étiquettes: , , ,

Catégories:

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *