Lancé à l’époque soviétique, stoppé puis modernisé, l’Amiral Nakhimov doit reprendre la mer en 2026. Après plus de quarante ans de retards et de refontes, ce croiseur nucléaire symbolise l’écart entre ambition militaire et réalité technologique, dans un contexte stratégique profondément transformé.

Un projet soviétique titanesque né en pleine guerre froide pour dominer sous-marins et flottes de surface
En 1964, Moscou veut un navire capable de frapper partout. Les ingénieurs de Leningrad planchent sur un croiseur à propulsion atomique. L’objectif reste clair : contrer sous-marins et bâtiments ennemis. Ce rêve donne naissance au futur Projet 1144 Orlan.
Très vite, les contraintes techniques freinent l’élan. Une seule coque ne suffit pas à intégrer tous les systèmes prévus. Les autorités lancent alors deux programmes distincts, dont le projet 1165 Fugas. Cependant, cette séparation complique encore la mise au point.
Au début des années 1970, les décideurs fusionnent les concepts. Le navire doit embarquer missiles P-700, système Metel et défense aérienne avancée. Sur le papier, l’arsenal impressionne. En pratique, l’intégration des systèmes accuse un retard critique.
Des systèmes d’armes prometteurs mais opérationnels trop tard pour suivre le rythme américain
Les missiles et radars prévus deviennent pleinement opérationnels en 1984. Pourtant, ils n’équipent toujours aucun croiseur complet. La construction démarre réellement dans les années 1980. Le bâtiment Kalinin, futur Amiral Nakhimov, hérite alors d’une technologie déjà en décalage.
Pendant ce temps, Washington avance vite. Les États-Unis déploient le système Aegis et le lanceur vertical Mk41 dès 1983. Ces solutions fonctionnent en mer. Ainsi, l’écart technologique se creuse au profit des marines occidentales.
Une modernisation lancée en 2013 pour combler le retard accumulé depuis la fin de l’URSS
Après la chute soviétique, Moscou privilégie d’autres priorités militaires. Le croiseur poursuit son service sans transformation majeure. Ce n’est qu’en 2013 qu’il quitte les eaux pour une modernisation profonde. L’objectif consiste à actualiser ses capacités offensives.
Les chantiers navals remplacent radars, systèmes électroniques et armements. La Russie veut hisser le navire au niveau stratégique actuel. Toutefois, les travaux s’étirent pendant plus d’une décennie. Chaque adaptation révèle la complexité d’un bâtiment conçu quarante ans plus tôt.
En 2026, le commandement russe annonce un retour imminent en mer. Le croiseur doit enfin aligner les capacités prévues dans les années 1980. Pourtant, ces standards correspondent à une autre époque. La Guerre froide a laissé place à des menaces hybrides et rapides.
Un retour annoncé en 2026 dans un contexte de guerre en Ukraine et de menaces technologiques renouvelées
La guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année en février 2026. Ce conflit a transformé les méthodes de combat. Les drones et systèmes autonomes dominent désormais le champ de bataille. Or, la protection contre les drones ne constituait pas la priorité initiale du croiseur.
Selon Defence Express, le navire servirait davantage à démontrer la puissance russe qu’à combattre. Il deviendrait ainsi un outil de parade navale plus qu’un atout décisif. En définitive, l’Amiral Nakhimov incarne une ambition stratégique rattrapée par le temps.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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