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Comment le Guyana est devenu le seul pays capable de nourrir toute sa population sans dépendre de personne

Une étude allemande révèle qu’un petit État d’Amérique du Sud atteint une autonomie alimentaire totale, un cas unique à l’échelle mondiale. Pourtant, derrière ce chiffre spectaculaire se cache une combinaison étonnante de géographie favorable, de choix agricoles stratégiques et d’équilibres démographiques rarement réunis ailleurs.

Champs agricoles verdoyants du Guyana avec cultures vivrières et élevage, illustrant l’autonomie alimentaire du pays.
Les vastes plaines agricoles du Guyana, où cultures et élevage coexistent, expliquent en grande partie la capacité du pays à nourrir l’ensemble de sa population sans dépendre des importations – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une étude scientifique rigoureuse qui mesure l’autonomie à travers sept groupes alimentaires essentiels

D’abord, l’indépendance alimentaire ne se décrète pas, elle se calcule méthodiquement. Des chercheurs allemands, dont les travaux ont été relayés par Visual Capitalist et publiés dans la revue scientifique Nature Food, ont ainsi passé au crible les capacités agricoles de dizaines de pays en analysant sept grandes catégories : fruits, légumes, légumineuses, féculents, viande, poisson et produits laitiers.

Ensuite, le principe est simple : lorsque la production couvre 100 % des besoins, le pays est autonome. En revanche, au-delà de ce seuil, il dispose d’un excédent exportable. À l’inverse, en dessous, il dépend des importations. Ainsi, cette méthode offre une photographie précise de la résilience alimentaire face aux crises climatiques, économiques ou géopolitiques.

Le Guyana, un petit pays aux performances agricoles spectaculaires sur presque tous les fronts

Dans ce contexte, le Guyana surprend. Pourtant, ses terres fertiles, son climat équatorial humide et son faible niveau d’urbanisation constituent des atouts majeurs. De ce fait, le pays dépasse largement les 100 % dans plusieurs catégories stratégiques, ce qui le place dans une situation exceptionnelle à l’échelle mondiale.

Par exemple, les féculents atteignent plus de cinq fois les besoins nationaux. De plus, les fruits et les légumes affichent des surplus impressionnants, tandis que la viande dépasse largement l’autosuffisance. Ainsi, cette diversité productive évite une dépendance à un seul secteur et renforce durablement l’équilibre nutritionnel.

Enfin, contrairement aux grandes puissances agricoles, le Guyana n’est pas structuré autour d’exportations massives de monocultures. Au contraire, la production reste étroitement liée aux besoins locaux. Par conséquent, cette organisation limite les vulnérabilités logistiques et garantit une forme de sécurité alimentaire structurelle rare à l’échelle mondiale.

Pourquoi les grandes puissances agricoles restent dépendantes malgré leur puissance productive

Pourtant, les États réputés pour leur agriculture performante n’apparaissent pas toujours en tête du classement. En effet, produire beaucoup ne signifie pas produire équilibré. Ainsi, certains pays excellent dans les céréales mais importent massivement des fruits, du poisson ou des produits laitiers, ce qui fragilise leur autonomie globale.

De plus, la spécialisation agricole joue un rôle déterminant. Afin de maximiser la rentabilité, de nombreux États concentrent leurs terres sur quelques cultures d’exportation. Dès lors, cette logique économique renforce la compétitivité internationale, mais elle crée simultanément une dépendance sur d’autres groupes alimentaires essentiels.

Par ailleurs, les échanges mondialisés masquent souvent cette fragilité. Tant que les routes commerciales fonctionnent, l’équilibre semble tenir. Cependant, en cas de crise énergétique, climatique ou politique, l’accès à certains aliments devient incertain. Dès lors, l’autonomie complète apparaît comme une assurance silencieuse contre ces chocs systémiques.

Une exception mondiale qui interroge sur l’avenir de la souveraineté alimentaire et les choix stratégiques des États

Ainsi, le cas du Guyana pose une question stratégique majeure : faut-il viser l’autosuffisance totale ou maintenir une interdépendance organisée ? Certes, l’indépendance alimentaire absolue reste rare, notamment parce qu’elle exige une cohérence territoriale, démographique et agricole difficile à reproduire ailleurs.

Cependant, l’étude rappelle une évidence souvent négligée : la diversification agricole protège davantage que la seule intensification. En effet, multiplier les filières réduit les risques et stabilise les approvisionnements. Par conséquent, les pays capables de couvrir la majorité des groupes alimentaires renforcent mécaniquement leur souveraineté.

Enfin, dans un monde où plus de 295 millions de personnes subissent une insécurité alimentaire aiguë, l’exemple guyanais agit comme un révélateur. Il ne s’agit pas d’un modèle universel ; néanmoins, il démontre qu’une stratégie cohérente et adaptée au territoire peut transformer un petit État en champion mondial de la résilience alimentaire.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Sciencepost

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