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Celles a perdu ses habitants pour une retenue d’eau qui ne l’a jamais atteinte, le village héraultais renaît lentement

Au bord du lac du Salagou, dans l’Hérault, le hameau de Celles a été déserté à la fin des années 1960 au nom d’un barrage d’irrigation. Le niveau prévu pour l’engloutir n’a pourtant jamais été atteint. Retour sur une expropriation préventive devenue une expérience de reconquête foncière.

Maisons anciennes en pierre aux volets clos sur une colline, dominant un lac bleu bordé de terres rouges et de collines méditerranéennes
Le village de Celles domine les rives rouges du lac du Salagou, dans l’Hérault. Vidé de ses habitants avant la mise en eau, il n’a jamais été atteint par la retenue. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un ouvrage construit de 1964 à 1968 pour irriguer la plaine et écrêter les crues du Salagou et de la Lergue

Le Département de l’Hérault, propriétaire de l’ouvrage, rappelle qu’il s’agit d’un barrage en remblai d’enrochements basaltiques bâti sur le Salagou, affluent de la Lergue. Son bassin versant couvre 76 km². Ainsi, le projet répondait à deux attentes distinctes : l’irrigation agricole encouragée par le ministère de l’Agriculture et la protection contre les crues voulue par le Conseil général.

À l’époque, la viticulture de masse traverse une crise et l’État pousse à diversifier les cultures de la vallée. Le remplissage, échelonné du printemps 1969 au printemps 1971, s’inscrivait dans un schéma en deux temps. Surtout, la seconde étape envisageait un plan d’eau proche de 150 mètres d’altitude, une cote incompatible avec la survie du bourg.

Entre 1965 et 1969, les familles de Celles quittent leurs maisons avant même que la retenue ne soit remplie

Situé juste au-dessus de la rive, Celles se trouvait sous la ligne d’eau du second palier. Par conséquent, l’administration a engagé le rachat des habitations, parfois à l’amiable, parfois sous la contrainte de la procédure d’expropriation. Plusieurs dizaines de personnes vivaient encore dans le village au moment où les départs se sont accélérés.

Le paradoxe tient au calendrier. Les maisons se vident avant la mise en eau, donc avant même que le lac ne prenne forme. Ensuite, la seconde phase de rehaussement n’est jamais lancée, si bien que les façades restent debout, intactes mais privées d’occupants pendant des décennies, au-dessus d’un rivage qui ne les a jamais menacées.

Plafonnée à 139 mètres NGF, la retenue stocke une centaine de millions de mètres cubes sans toucher au village

Aujourd’hui, la cote normale d’exploitation est fixée à 139 mètres NGF, soit une dizaine de mètres sous le palier imaginé initialement. Selon les documents publics consultés, la capacité correspondante avoisinerait 102 millions de mètres cubes. L’exploitation courante est confiée à BRL Exploitation pour le compte du Département.

Par ailleurs, la vocation du site a changé de nature. L’irrigation n’occupe plus le premier rang, tandis que le lac aux berges de ruffes rouges est devenu un espace de loisirs et un paysage protégé. De plus, la retenue sert désormais à soutenir le débit de l’Hérault pendant les épisodes de sécheresse estivale.

Depuis 2025, un fonds de dotation détient une grande partie du bourg pour bloquer toute spéculation immobilière

Longtemps figé, Celles compte de nouveau quelques résidents permanents, une vingtaine selon les derniers recensements. En 2024, la commune et l’association Vivons Celles ont créé le fonds de dotation Cambas Rojas. En juillet 2025, cette structure a acquis une large part des parcelles du centre auprès de la mairie.

Ses statuts fixent des principes clairs : aucune revente spéculative, des logements occupés à l’année et une population diversifiée. En parallèle, le projet bénéficie du soutien de la Banque des Territoires et de la Fondation de France, tandis qu’une collecte participative a dépassé son objectif. Une nouvelle équipe municipale, élue en mars 2026, hérite désormais de ce chantier patient, où chaque maison rouverte efface un peu les départs forcés des années 1960.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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