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Carthage et Phéniciens : l’analyse ADN de 210 génomes dévoile une vérité historique qui change absolument tout sur eux

Une étude publiée dans Nature bouleverse l’image classique des Phéniciens. En analysant 210 génomes anciens, des chercheurs réévaluent les liens entre Carthage et le Levant. Ils montrent que les communautés puniques partageaient surtout une culture commune, pas une ascendance levantine massive.

Un vieil homme vêtu d’une robe d’inspiration phénicienne se tient sur une colline rocheuse face à un ancien port méditerranéen partiellement en ruines.
Silhouette solitaire, bâton en main, il observe en contrebas un port antique usé par le temps, entre mer calme, navires de bois et vestiges de pierre. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Avec 210 génomes venus de 14 sites, l’étude mesure enfin le lien réel entre les Phéniciens du Levant et l’Ouest

Les chercheurs ont séquencé 210 génomes anciens. Parmi eux, 196 proviennent de 14 sites phéniciens ou puniques. L’échantillon couvre le Liban, la Tunisie, la Sicile, la Sardaigne, Ibiza et l’Espagne. Il inclut aussi un individu d’Algérie daté du début de l’âge du Fer.

Leur objectif reste simple, mais décisif. Ils comparent les individus du Levant avec ceux des établissements puniques d’Occident. L’étude porte surtout sur des sépultures datées entre les VIe et IIe siècles avant notre ère. Elle teste donc un lien biologique longtemps supposé, jamais mesuré ainsi.

De Carthage à Ibiza, les sites puniques révèlent un choc : presque aucun ADN levantin dans les sépultures

Au Levant, les profils génétiques observés ne surprennent pas. Les individus de Beyrouth, Sidon et Akhziv ressemblent à leurs voisins levantins de l’âge du Bronze. Autrement dit, les sites des cités-mères montrent une continuité locale cohérente avec leur implantation historique.

Le basculement apparaît dès que l’équipe regarde l’Ouest méditerranéen. De Carthage à Ibiza, les sépultures puniques ne livrent presque aucun signal levantin. Le contraste frappe, car l’archéologie y montre pourtant la même langue, les mêmes rites et des références religieuses proches.

Sur l’ensemble étudié hors du Liban, seuls trois individus présentent une ascendance levantine importante. Deux appartiennent même à l’époque romaine, donc bien après la chute de Carthage. Ensuite, le cœur de l’échantillon punique confirme une réalité bien plus métissée qu’attendu.

À la place du Levant, un profil sicilo-égéen domine, puis l’Afrique du Nord pèse davantage avec l’essor de Carthage

L’ascendance dominante ne vient donc pas du Liban. Elle ressemble surtout à celle des populations de Sicile et du monde égéen à l’âge du Bronze. Ce profil sicilo-égéen réapparaît sur plusieurs sites puniques. Il relie des communautés pourtant éloignées les unes des autres.

Une composante nord-africaine apparaît aussi, puis progresse avec l’affirmation de Carthage après 500 avant notre ère. Les chercheurs ont même identifié deux cousins éloignés, enterrés en Afrique du Nord et en Sicile. Ainsi, les circulations familiales accompagnaient les échanges commerciaux.

Ces résultats changent le récit : la culture phénicienne a circulé surtout par adoption, échanges et métissages

L’étude n’efface pas l’origine levantine de la culture phénicienne. Elle propose un autre mécanisme de diffusion. De petits groupes ont pu fonder des comptoirs, puis recruter localement. Au fil des générations, la culture circule mieux que l’ADN et structure des communautés très diverses.

Ce scénario cadre avec le déclin politique des cités-mères du Levant, passées sous domination assyrienne, babylonienne puis perse. Sans apport migratoire durable, l’empreinte levantine a pu se diluer rapidement. Toutefois, la langue, l’alphabet et les rites ont continué d’unir ce monde punique.

Le point essentiel change donc de registre. Les Phéniciens et les Puniques n’incarnent pas un bloc biologique uniforme. Ils montrent plutôt comment une identité maritime, religieuse et commerciale peut s’adopter largement. Pour vous, c’est une leçon nette sur l’écart entre gènes et culture.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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