
Ces dernières années, l’utilisation du cannabis a des fins thérapeutiques n’a cessé de progresser, mais selon une récente méta-analyse, il serait loin de constituer une « solution miracle ».
Cannabis pas si fantastique ?
Au total, 124 études, menées entre janvier 2010 et septembre 2025, ont été passées au crible par Michael Hsu, de l’université de Californie, et ses collègues. S’il s’avère que le cannabis réduit significativement les nausées et vomissements liés à la chimiothérapie, améliore l’appétit des patients séropositifs et atténue certains troubles épileptiques, l’équipe évoque l’absence de preuves claires de son efficacité pour les conditions pour lesquelles il est essentiellement prescrit.
En d’autres termes : les essais cliniques randomisés examinés ne montrent pas de bénéfices significatifs pour le traitement de différentes formes de douleur, ainsi que de l’insomnie.
« Alors que de nombreuses personnes se tournent vers le cannabis ou les cannabinoïdes pour soulager leurs douleurs chroniques, notre étude met en évidence des écarts importants entre la perception du public et son efficacité clinique », avance Hsu. « La consommation fréquente de cannabis inhalé ou à forte teneur en THC a également été liée à un risque accru de symptômes psychotiques, de troubles anxieux généralisés et de maladies cardiovasculaires. »
D’après le chercheur, de telles conclusions font écho à une précédente méta-analyse, qui avait conclu que dans la majorité des cas où une atténuation de la douleur était rapportée, elle était contrebalancée par plusieurs effets indésirables.

Une méthodologie controversée
Plusieurs scientifiques questionnent la méthodologie employée. Parmi eux, le directeur de la Curaleaf Clinic Simon Erridge, qui évoque une sélection d’articles n’offrant pas un aperçu pertinent des effets du cannabis thérapeutique.
« Les raisons pour lesquelles certaines études ont été prises en compte et d’autres exclues sont peu claires », estime-t-il. « Une attention moindre semble avoir été accordée à celles suggérant des bénéfices pour les patients. »
Reconnaissant l’absence d’évaluation formelle du risque de biais pour les études analysées, dont beaucoup étaient observationnelles, Hsu et ses collègues estiment qu’il est essentiel de poursuivre les recherches. « Des études plus rigoureuses nous permettront de préciser les avantages et les risques potentiels du cannabis thérapeutique », concluent-ils.
Début 2025, une étude sans précédent avait révélé l’impact du cannabis sur la mémoire.
Cette méta-analyse de l’université de Californie apporte une contribution nécessaire au débat, même si elle vient bousculer certaines idées reçues. Il est primordial d’écouter la science pour éviter de tomber dans le discours du ‘remède miracle’ universel.
L’étude souligne un point crucial que nous observons souvent : l’écart entre le ressenti subjectif des usagers et les résultats cliniques standardisés, notamment sur la douleur chronique et l’insomnie. Cela rappelle que le cannabis thérapeutique n’est pas une substance monolithique. Comme le mentionne Simon Erridge dans l’article, la méthodologie et le choix des variétés (ratios THC/CBD, terpènes) jouent un rôle déterminant dans l’efficacité thérapeutique, ce que les études globales ont parfois du mal à capturer.
L’appel des chercheurs à des études plus rigoureuses est une excellente nouvelle. Plus nous disposerons de données précises sur les dosages et les contre-indications (notamment sur les risques cardiovasculaires ou psychotiques liés aux fortes teneurs en THC), mieux nous pourrons accompagner les usagers vers des pratiques sécurisées et fondées sur des preuves. La science avance par le doute, et c’est ainsi que la filière gagnera en maturité et en légitimité. Fabien CBDTECH