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Bennu révèle un scénario glacé : l’origine de la vie ne viendrait peut-être pas de l’eau chaude terrestre

Des analyses publiées en février 2026 à partir des échantillons de l’astéroïde Bennu bouleversent les modèles classiques de l’origine de la vie. Des acides aminés s’y seraient formés dans la glace, loin de l’eau chaude terrestre. Ce résultat rebat les cartes.

Astéroïde sombre de type carboné avec une fracture révélant de la glace cristalline, flottant dans l’espace avec la Terre visible au loin.
Une fracture dans la roche de Bennu laisse apparaître de la glace ancienne. Les analyses suggèrent que des acides aminés auraient pu se former dans le froid spatial, loin des océans chauds terrestres. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Les analyses isotopiques de Bennu révèlent une formation des acides aminés loin de l’eau liquide chaude

Les échantillons rapportés par la mission Osiris-REx en 2023 livrent encore leurs secrets. Une équipe de Penn State publie dans PNAS des résultats qui interrogent la chimie prébiotique classique. Au cœur de l’étude, la glycine extraterrestre détectée dans la roche de Bennu.

Jusqu’ici, beaucoup de chercheurs privilégiaient la synthèse dite de Strecker, active en présence d’eau liquide chaude. Or les signatures isotopiques mesurées sur Bennu racontent une autre histoire. Elles pointent vers une formation dans la glace exposée aux radiations du Système solaire primitif.

Un scénario froid qui remet en cause l’hypothèse dominante des sources hydrothermales terrestres

Depuis Darwin, puis Oparine et Miller, la majorité des modèles situent l’origine de la vie dans des environnements chauds. Les sources hydrothermales des océans primitifs concentrent l’attention. Elles fournissent énergie, eau liquide et gradients chimiques favorables aux réactions complexes.

Pourtant, les résultats issus de Bennu suggèrent que certaines briques du vivant se forment sans eau chaude. Selon les chercheurs, des réactions lentes dans la glace pourraient produire une plus grande diversité moléculaire. Ce mécanisme élargit fortement les voies de synthèse envisagées.

Ce basculement ne prouve pas que la vie vient de l’espace. En revanche, il renforce l’idée que des astéroïdes riches en carbone ont pu livrer des molécules clés sur la Terre primitive. La mission visait justement des échantillons non contaminés par la biologie terrestre.

Des différences chimiques avec la météorite de Murchison qui suggèrent des régions distinctes du Système solaire

Les chercheurs comparent Bennu à la célèbre météorite de Murchison. Les deux contiennent des acides aminés. Toutefois, leurs profils isotopiques divergent nettement. Cette différence indique des conditions de formation distinctes dans des zones éloignées du jeune disque planétaire.

Les analyses révèlent aussi un comportement inattendu de l’acide glutamique. Ses abondances varient selon l’isotope d’azote présent dans la molécule. Ce signal intrigue les cosmochimistes et complexifie l’énigme de la chiralité du vivant.

Sur ce point, Bennu ne tranche pas. Les échantillons montrent un mélange équilibré des formes gauche et droite, appelé mélange racémique. Or la vie terrestre n’utilise qu’un seul type. Cette dissymétrie reste sans explication convaincante à ce stade.

Pourquoi ces résultats élargissent le champ des possibles pour la vie ailleurs dans l’Univers

Ces travaux soutiennent un scénario où la glace joue un rôle central dans l’émergence des briques biologiques. Des expériences anciennes de Stanley Miller montraient déjà que des réactions lentes à très basse température produisent bases et acides aminés. Le monde à ARN gagne ainsi en crédibilité.

En février 2026, les analyses se poursuivent et les chercheurs restent prudents. Ils veulent comparer davantage de météorites pour mesurer l’ampleur de cette diversité chimique. Chaque nouvel échantillon affine notre compréhension des origines de la vie et de leur possible universalité.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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