Retour sur la vie de Bugsy Siegel, le gangster sans pitié qui fit de Las Vegas la capitale du jeu

Retour sur la vie de Bugsy Siegel, le gangster sans pitié qui fit de Las Vegas la capitale du jeu

Parti de rien, Benjamin Siegel s’est rapidement fait un nom dans le milieu de la pègre new-yorkaise durant la Prohibition. Ce gangster sans pitié, réputé pour ses accès de violence et son sens aigu des affaires, est ensuite devenu l’un des criminels les plus célèbres de la côte Ouest en étendant l’influence du Syndicat du crime à la Californie et en jouant un rôle clé dans le développement et la croissance de Las Vegas, la capitale du jeu.

UNE FOLLE ASCENSION

Fils d’immigrés juifs s’étant installés à New York au tout début du siècle, Benjamin « Bugsy » Siegel naît le 28 février 1906 à Brooklyn. Quelques années plus tard, sa famille se retrouve dans le Lower East Side de Manhattan, réputé pour son fort taux de criminalité, et il ne faut pas attendre longtemps avant que le jeune Benjamin ne bascule dans le milieu du grand banditisme new-yorkais.

Le tempérament violent et les sautes d’humeur récurrentes de Siegel lui valent le surnom de « Bugsy », un sobriquet qu’il dit profondément détester, symbolisant selon ses proches son comportement « d’insecte fou ». Durant son adolescence, Siegel se lie d’amitié avec le gangster juif Meyer Lansky et les deux hommes fondent le « Bugs and Meyer Mob », un gang juif du Lower East Side réputé pour sa violence qui se spécialise dans l’extorsion. Au fil des années, leur modeste organisation évolue et devient l’une des principales fournisseuses de tueurs à gages pour la pègre new-yorkaise : elle est logiquement rebaptisée « Murder Inc. ».

Au début du 20e siècle, des dizaines de gangs juifs et italiens sévissent dans le Lower East Side

Durant la Prohibition, Siegel et Lansky sont amenés à travailler pour le compte de Charles « Lucky » Luciano, l’un des mafieux les plus influents de la ville. Ce dernier engage un groupe de quatre tueurs à gages de Murder Inc. (parmi lesquels aurait prétendument figuré Siegel) afin d’assassiner Salvatore Maranzano, son rival, et devient à la suite du meurtre le gangster le plus puissant de New York. Il fonde alors avec Lansky le « National Crime Syndicate » qui répartit le pouvoir entre les différents gangs de la ville afin d’empêcher de nouvelles guerres de territoire.

Mugshot de Benjamin « Bugsy » Siegel en 1928

Bugsy Siegel est à la hauteur du cliché du gangster des années 1920 que le cinéma et la télévision se sont évertués à mettre en avant au fil des décennies. En 1931, l’homme a gagné assez d’argent pour s’offrir une suite somptueuse dans le célèbre hôtel Waldorf Astoria, situé en plein cœur de Manhattan, et n’hésite pas à faire étalage de sa richesse en portant des costumes coûteux et en se montrant dans les clubs les plus réputés de la ville. En dépit de son apparence soignée, Siegel ne rechigne jamais à effectuer lui-même le sale boulot. Il avouera d’ailleurs plus tard à l’une de ses célèbres connaissances avoir tué au moins douze personnes au cours de sa vie, précisant toutefois que « Les gangsters ne s’attaquent qu’aux gangsters », afin de rassurer son interlocuteur, livide.

« LES GANGSTERS NE S’ATTAQUENT QU’AUX GANGSTERS »

Suspecté d’avoir tué trois de ses rivaux, Siegel est surveillé de près par la police et son temps à New York est désormais compté. Bugsy sait que le Syndicat du crime cherche à étendre son influence à l’Ouest, et il saute sur l’occasion lorsque Lansky lui propose de s’établir en Californie pour y développer ses activités.

Quelques jours après son arrivée à Los Angeles, Siegel acquiert une somptueuse villa sur les hauteurs de Beverly Hills. Semblant pleinement s’épanouir dans l’écrin luxueux de la ville, il organise d’impressionnantes réceptions et côtoie de nombreuses stars de cinéma, sans pour autant perdre de vue son principal objectif : étendre l’influence du Syndicat à l’Ouest du pays.

Carte postale du « Rancho Vegas » datant des années 1940

Une opportunité intéressante se présente un peu plus au sud, après que le Nevada a autorisé les paris et les jeux de hasard sur son territoire. Sidéré par le succès du « Rancho Vegas », premier hôtel-casino établi sur le tracé de la route 91 qui traverse le désert du Nevada, Siegel parvient à convaincre son vieil ami Meyer Lansky d’investir beaucoup d’argent afin de développer une affaire similaire.

Il rachète le « Flamingo », un autre hôtel-casino dont la construction a été stoppée après que ses investisseurs initiaux se sont révélés à court d’argent, et persuade plusieurs mafieux appartenant au Syndicat d’investir un million de dollars afin de pouvoir achever les travaux. Malheureusement pour lui, rien ne se passe comme prévu : la gestion du projet est désastreuse, et le complexe finit par coûter 6 millions de dollars. Une augmentation drastique des coûts qui n’est évidemment pas du goût des chefs de la mafia new-yorkaise.

L’AUGMENTATION DRASTIQUE DES COÛTS DE CONSTRUCTION DU FLAMINGO MET SIEGEL DANS UNE POSITION DÉLICATE

Pire encore, lorsque le Flamingo ouvre enfin ses portes en 1946, la chance semble sourire aux joueurs qui font sauter la banque à plusieurs reprises. Les choses se présentent particulièrement mal pour Bugsy Siegel, et bien que son hôtel-casino commence à générer beaucoup d’argent au cours des mois qui suivent, son sort est scellé lors d’une réunion organisée par ses « anciens amis » à la Havane.

Alors que Siegel lit le journal confortablement installé dans l’un des fauteuils du salon de Virginia Hill, la fenêtre vole en éclats et il est mortellement atteint au niveau du visage et du torse par neuf balles. S’il reste évident que sa mort était liée au milieu du crime organisé new-yorkais, on ignore encore aujourd’hui l’identité de son meurtrier et les raisons exactes derrière cet assassinat. Augmentation des coûts de construction ? Argent détourné ? Lutte de pouvoir ? Difficile à dire, mais Bugsy Siegel restera à jamais le gangster qui joua un rôle majeur dans le développement de Las Vegas et qui permit à la mafia de s’y établir.

Il reste toujours quelque chose de l’enfance, toujours…

— Marguerite Duras