Pendant des années, les historiens ont véhiculé des idées biaisées sur le traitement et la considération qu’on pouvait porter aux enfants pendant le Moyen Âge. Dans l’Antiquité, les enfants étaient comparés à des vieillards, des êtres incapables et dénués de sagesse qu’il fallait éduquer sévèrement et au plus vite. Ils étaient des fardeaux. Heureusement, cette image de l’enfant a considérablement changé dès les débuts du
Moyen Âge. Les parents de cette époque aimaient et soignaient leurs enfants quels que soient les moyens à mettre en oeuvre.

La valeur de l’enfant

Au début du Moyen Âge, la valeur que l’on donne à l’enfant est bien différente que celle qu’on lui donnait dans l’Antiquité. D’être inexpérimenté et ignorant, il devient un être pur et innocent. Certains médiévistes attribuent ce changement aux invasions germaniques, le peuple nordique ayant des traditions et des comportements envers leurs enfants très différents des Romains. Mais la plupart des historiens ne cachent pas que ce changement radical est dû en grande partie à la christianisation de l’Europe.

Vierge Marie et l’Enfant Jésus – Niccolo di Segna / Wikipédia

Le christianisme contrecarre le manque de considération que les Romains avaient pour leurs progénitures. En effet, le manque de sagesse de l’enfant n’est plus vu comme de l’ignorance, mais bien comme l’expression d’une pureté et d’une innocence. L’enfant devient un don de Dieu, il est semblable à un ange – à qui il donnera son image plus tard – une sorte d’intermédiaire entre les hommes et le divin. Des iconographies chrétiennes représentant la Vierge Marie tenant dans ses bras l’Enfant Jésus, presque nouveau-né, apparaissent dans les églises. L’enfant devient alors un être à part qui est plus qu’attendu.

Une naissance préparée

Au Moyen Âge, les naissances n’étaient pas laissées au hasard. Tout était orchestré pour s’assurer une naissance et de préférence celle d’un garçon. Il était courant qu’une jeune femme voulant à tout prix tomber enceinte aille prier la Vierge Marie. Elle allumait un cierge et une fois celui-ci consumé, le rapportait dans sa maison et pouvait même le garder sur elle pour maximiser ses chances.

Lors de l’accouchement, aidée d’une sage-femme et non d’un médecin, la future mère donne naissance. En réalité, le premier cri est ce qui est le plus attendu. D’un point de vue juridique, un nouveau-né n’acquiert son statut d’enfant uniquement lorsqu’il pousse son premier cri, il réserve ainsi son héritage paternel. Ce petit être « inachevé » est alors lavé, emmailloté de la tête aux pieds pour qu’il ne se déforme pas. Il est alors baptisé au plus vite et souvent mis dans une pièce sombre pour faciliter la transition entre l’utérus de la mère et le monde extérieur.

Marie et l’Enfant Jésus – Livre Heures de Charles VIII / Wikimédia

Les premiers pas

Ce n’est pas une grande nouvelle : la mortalité infantile au Moyen Âge est très importante. Les parents faisaient baptiser au plus vite leur enfant, dès les premières minutes de sa vie. Un enfant mort sans être baptisé allait en enfer (ce n’est qu’au XIIe siècle que l’on parle de limbes ou limbus puerorum). Près d’un enfant sur trois meurt avant ses cinq ans et il n’est pas rare de voir des parents tout abandonner pour partir en pèlerinage pour guérir un enfant. L’enfant est surprotégé pour éviter qu’il ne décède, emmailloté à sa naissance, progressivement ses bras sont libérés, puis ses jambes.

Pendant les trois premières années de sa vie, un enfant est allaité. C’est le moyen le plus simple et le plus sûr, à cette époque, de nourrir un enfant. Le manque de nourriture plus consistante était un réel problème. Dans les familles nobles, on choisit méthodiquement sa nourrice, selon son apparence, sa santé et surtout ses mœurs. Les médecins et ecclésiastes attribuent au lait de sa mère ou de sa nourrice des bienfaits ou des méfaits. L’enfant garde les traces des vices ou des vertus de celle qui l’allaite. Arrive alors ce qu’on appelle l’âge de la parole.

L’enfant entre ensuite dans ce qu’on appelle le début de sa transition vers l’âge adulte. Il apprend à parler, à courir, à utiliser des objets, etc. Cet âge n’est pas anodin, c’est à trois ans que Jésus fit preuve de « l’esprit de science ». Et la légende raconte que c’est à trois ans que Lancelot commença à recevoir les enseignements d’un percepteur.

Lancelot combattant les dragons / Wikipédia

Même si des siècles nous séparent, on ne peut nier l’influence que le
Moyen Âge a sur notre époque. L’évolution du rapport à l’enfant est très intéressant. Si vous souhaitez en apprendre plus sur ce sujet, nous vous conseillons de lire Etre enfant au Moyen Âge de Pierre Riché ou encore le Traité du devoir de conduire les enfants à Jésus-Christ de Jean de Gerson. 

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olivier hermanLoDéño Auteurs de commentaires récents
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LoDéño
Invité
LoDéño

Article très intéressant. En revanche les commentaires…

olivier herman
Invité
olivier herman

Lancelot aurai attendu trois ans pour recevoir les enseignements d’Un « percepteur » ne serait ce pas d’un précepteur? Le premier prend les richesses, le deuxième offre le « savoir ».