En octobre 1931, l’équipage du Baychimo abandonne son cargo, prisonnier des glaces près de Barrow. Mais le navire ne coule pas. Il dérive seul pendant près de quarante ans. Chasseurs et trappeurs l’aperçoivent régulièrement. Aujourd’hui encore, son sort final reste une énigme.

Construit en Suède en 1914, le Baychimo devient cargo de la Compagnie de la Baie d’Hudson et commerce avec les Inuits
Le Baychimo sort des chantiers suédois en 1914 sous le nom d’Ångermanelfven. Ce cargo à vapeur à coque d’acier affiche 1 322 tonnes. Ensuite, la Compagnie de la Baie d’Hudson l’achète en 1921 et le rebaptise Baychimo.
Sa nouvelle mission le conduit sur la côte arctique du Canada. Le navire commerce avec les communautés inuites des Territoires du Nord-Ouest. Ainsi, il apporte des provisions et rapporte des fourrures. Ce trafic exige pourtant de braver la banquise, piège redouté de la région.
En octobre 1931, le Baychimo reste bloqué par la banquise près de Barrow et l’équipage doit l’abandonner
Le 1er octobre 1931, le Baychimo s’immobilise dans les glaces près de Barrow, en Alaska. Il transporte alors une cargaison de fourrures. Mais il ne peut plus avancer, et l’équipage cherche refuge à terre pour échapper au froid.
Un violent blizzard frappe ensuite la région. Lorsqu’il retombe, les marins ne voient plus le cargo et le croient perdu. Quelques jours plus tard, un chasseur de phoques inuit l’aperçoit pourtant à 45 miles de là.
Les quinze hommes restés sur place retrouvent leur navire. Ils récupèrent alors les fourrures les plus précieuses. Puis ils l’abandonnent pour de bon, persuadés qu’il va sombrer. Pourtant, le Baychimo ne coule pas et reprend sa route sans personne à bord.
Pendant près de quarante ans, des témoins croisent le cargo sans équipage, qui dérive le long des côtes de l’Alaska
Dès les années 1930, des prospecteurs, des chasseurs et des équipes de traîneaux signalent le navire fantôme. Il flotte parfois pris dans la banquise, parfois libre, loin de son point d’abandon. Ainsi naît une légende locale.
En 1933, un groupe d’Iñupiat monte à bord. Une tempête les retient ensuite dix jours sur le cargo. En 1939, le capitaine Hugh Polson tente de le récupérer, mais les glaces le repoussent. Les récits ne mentionnent ensuite aucune autre montée à bord.
La dernière observation confirmée remonte à 1969, soit 38 ans après l’abandon. Des Inuits aperçoivent alors le Baychimo de nouveau prisonnier des glaces, dans la mer de Beaufort. Depuis ce jour, plus personne ne l’a revu.
Malgré les recherches lancées par l’Alaska en 2006, aucune trace du Baychimo n’a surgi et son sort reste inconnu
En 2006, l’État d’Alaska lance un projet pour localiser le navire, qu’il flotte encore ou repose au fond. Pourtant, personne n’a retrouvé la moindre trace du Baychimo à ce jour. Les hypothèses restent donc ouvertes, du naufrage à la dérive sous la glace.
Cette histoire garde toute sa force parce qu’elle repose sur des faits datés et des témoignages multiples. Rien d’une légende enjolivée ici, mais un cargo réel, observé pendant près de quarante ans. Son sort final, lui, échappe encore à toute explication.