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Au sud de la Tasmanie, 2,8 millions d’anguilles cernent un mont sous-marin, un essaim que le sonar seul confondait

Une équipe du CSIRO, l’agence scientifique nationale australienne, a chiffré pour la première fois l’essaim d’anguilles qui se forme autour du mont Patience, au sud de la Tasmanie. Au plus fort de la saison, près de 2,8 millions d’individus y convergent. L’étude éclaire un phénomène des grands fonds sans équivalent connu, et la méthode qui a permis de le mesurer.

Des centaines d'anguilles brun pâle nageant en nuée dense au-dessus d'un fond rocheux sombre, éclairées par le projecteur d'une caméra sous-marine en eaux profondes
Autour du mont Patience, au sud de la Tasmanie, des millions d’anguilles-paniers se rassemblent chaque automne austral. Le CSIRO a estimé leur biomasse à environ 3 550 tonnes. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Le mont Patience, dans le parc marin Huon, abrite un rassemblement d’anguilles-paniers filmé pour la première fois en 2007

Le relief se dresse dans le parc marin Huon, une aire protégée du Commonwealth australien qui regroupe plusieurs dizaines de monts sous-marins. Les anguilles y évoluent vers 1 000 à 1 100 mètres de profondeur, dans une obscurité complète. Une caméra tractée par un navire du CSIRO les a filmées dès 2007, en nuée compacte au-dessus du fond.

L’espèce concernée est l’anguille-panier, Diastobranchus capensis, un poisson de la famille des Synaphobranchidés, sans lien direct avec l’anguille européenne. En 2015, des spécimens remontés au chalut à perche portaient des gonades mûres, selon le récit publié par l’Australian Museum. Dès lors, l’hypothèse d’un site de ponte s’est imposée.

Entre 2023 et 2025, les chercheurs ont croisé échosondeurs et caméras tractées pour séparer anguilles et hoplostètes orange

Le comptage posait un problème technique majeur. En effet, le mont accueille aussi l’hoplostète orange, Hoplostethus atlanticus, dont l’écho acoustique ressemble à celui des anguilles. Par conséquent, un échosondeur seul additionne les deux espèces sans pouvoir les distinguer.

L’équipe menée par Ben Scoulding a donc combiné plusieurs campagnes acoustiques, des images de caméra tractée et des prélèvements physiques. Ces images ont montré que les anguilles occupent les terrains plus profonds et plus plats, tandis que l’hoplostète préfère les pentes raides du sommet. Ensuite, les auteurs ont borné la biomasse de l’hoplostète entre 200 et 850 tonnes, d’après les évaluations historiques du stock.

De mars à mai, la biomasse grimpe jusqu’à environ 3 550 tonnes, un pic qui correspondrait très probablement à la ponte

Selon l’article paru le 7 octobre 2026 dans Royal Society Open Science, l’agrégation reste présente toute l’année mais augmente nettement pendant l’automne austral. En mai, la biomasse atteint entre 3 547 et 3 557 tonnes, ce qui représente quelque 2,8 millions d’anguilles. Les auteurs rattachent ce maximum à la reproduction, avec prudence.

Sans ces bornes imposées à l’hoplostète, les calculs donnaient des chiffres incompatibles avec les évaluations régionales du stock. Ainsi, l’étude souligne qu’une discrimination des espèces reste indispensable dans tout inventaire acoustique des grands fonds. Cependant, la raison pour laquelle les anguilles choisissent précisément ce relief demeure inconnue.

Ancienne zone de chalutage profond, le relief protégé devient un laboratoire rare pour suivre la vie des abysses

Le mont Patience a autrefois subi le chalutage de fond, notamment pour l’hoplostète orange, poisson à croissance lente qui peut dépasser un siècle d’âge. Sa protection actuelle et les signes de récupération observés offrent, selon les auteurs, une occasion rare d’étudier ces écosystèmes sur le long terme.

Par ailleurs, la méthode se veut transposable à d’autres aires marines protégées. Elle repose sur des outils non invasifs, qui évitent de prélever massivement des animaux pour les compter. Ce rendez-vous annuel d’anguilles pourrait alors devenir un indicateur précieux de la santé des monts sous-marins de l’océan Austral.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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