Les Amazones du Dahomey, ces femmes guerrières aujourd’hui oubliées qui firent trembler l’Afrique

Les Amazones du Dahomey, ces femmes guerrières aujourd’hui oubliées qui firent trembler l’Afrique

Chargés de protéger le Royaume du Dahomey (actuel Bénin), les membres de cet ancien régiment d’élite entièrement féminin étaient formés dès leur plus jeune âge au maniement des armes et suivaient un entraînement extrêmement rigoureux. Décrites comme intouchables et réputées pour leurs incroyables aptitudes au combat, elles avaient également pour habitude de décapiter l’ennemi.

DES GUERRIÈRES D’ÉLITE REDOUTABLES

L’histoire des Amazones du Dahomey remonte au 17e siècle. Selon les écrits historiques, ces dernières, qui constituaient à l’origine le corps de chasseurs d’éléphants du royaume, avaient tant impressionné le roi qu’il en avait fait sa garde rapprochée. Considérées comme de véritables machines à tuer, elles furent craintes à travers toute l’Afrique durant plus de deux siècles.

Au début du 19e siècle, ces guerrières redoutables armées de mousquets hollandais et de machettes se révélaient farouchement dévouées à leur roi et semaient la terreur sur les champs de bataille. Recrutées et formées au maniement des armes dès l’âge de huit ans, elles constituaient ses troupes d’élite.

Pendant plus de deux siècles, les Amazones constituaient la garde rapprochée du roi du Dahomey

L’entrainement rigoureux qu’elles suivaient leur permettait de développer leurs capacités physiques et augmentait également leur seuil de tolérance à la douleur. Parcours d’obstacles, lutte et survie en milieu hostile représentaient le quotidien de ces femmes redoutables, pour qui la défaite n’était jamais une option. Prêtes à se battre jusqu’à la mort, elles étaient souvent les dernières debout sur le champ de bataille.

Une jeune membre des Amazones du Dahomey s’entrainant au maniement du mousquet

Ayant fait vœu de chasteté en rejoignant l’armée du Dahomey, ces guerrières d’élite, qui n’étaient pas autorisées à se marier ou à avoir des enfants pendant qu’elles servaient, possédaient un statut presque sacré qui condamnait la plupart des hommes osant poser la main sur elles à une mort certaine.

Alors qu’il effectuait une mission pour le compte du gouvernement britannique au Dahomey en 1863, l’explorateur Richard Burton fut l’un des premiers européens à décrire les Amazones du Dahomey et les voyait comme le pendant féminin des légendaires guerriers spartiates : « La musculature de ces redoutables guerrières d’élite était extrêmement développée, et seule leur poitrine permettait d’affirmer qu’il s’agissait de femmes ».

L’EXPLORATEUR BRITANNIQUE RICHARD BURTON VOYAIT LES AMAZONES DU DAHOMEY COMME LE PENDANT FÉMININ DES LÉGENDAIRES GUERRIERS SPARTIATES

En plus de devoir maîtriser les techniques de survie et posséder une endurance et une discipline sans faille, les femmes qui souhaitaient rejoindre la garde rapprochée du roi devaient également se montrer sans pitié. Au cours du processus de recrutement, ces dernières étaient notamment contraintes de pousser des prisonniers de guerre du haut d’une falaise afin de prouver leur détermination au souverain.

Les Amazones du Dahomey vont notamment s’illustrer dans le cadre des guerres franco-dahoméennes à la fin du 19e siècle

Au milieu des années 1880, une délégation française en visite au Dahomey assistait à l’entrainement d’une jeune amazone âgée d’environ 16 ans et le décrivait dans son rapport : « Après avoir été blessée à trois reprises, elle décapita la tête du prisonnier qui lui faisait face et lécha le sang sur la lame de son épée. Ses compatriotes ne tardèrent pas à l’acclamer, et comme il était de coutume dans la région, elle sectionna également les organes génitaux du malheureux ».

Gravure représentant Seh-Dong-Hong-Beh, l’une des cheffes des Amazones (1851)

En dépit de la rudesse de la vie de femme soldat, faire partie de la garde rapprochée du roi constituait pour beaucoup d’habitantes du Dahomey un moyen d’échapper à une existence vouée aux corvées domestiques. Servir au sein des Amazones offrait non seulement aux femmes l’indépendance et la possibilité d’occuper des postes importants au sein de l’armée mais également celle de siéger au Grand Conseil et d’influer sur la politique du royaume.

Ces guerrières d’élite vivaient une existence fastueuse dans l’enceinte du palais royal et possédaient également leurs propres esclaves. Comme le précise Stanley Alpern, auteur de l’ouvrage Les Amazones de la Sparte noire : « Lorsque les Amazones quittaient le palais, elles étaient toujours précédées de leurs esclaves portant une clochette. Ce son distinctif indiquait à tous les hommes se trouvant sur leur passage de s’écarter et de regarder ailleurs ».

Le règne de ces combattantes hors-pairs se poursuivait au cours de l’expansion coloniale française en Afrique durant les années 1890. Les soldats français qui pensaient passer une nuit de passion en leur compagnie étaient souvent retrouvés la gorge tranchée au petit matin, et ne tarderaient pas à apprendre à leurs dépends qu’il ne fallait pas sous-estimer les Amazones lors des guerres franco-dahoméennes.

LES SOLDATS FRANÇAIS QUI PENSAIENT PASSER UNE NUIT DE PASSION EN LEUR COMPAGNIE ÉTAIENT SOUVENT RETROUVÉS LA GORGE TRANCHÉE AU PETIT MATIN

En 1908, les Amazones vétérantes sont honorées au cours d’une cérémonie organisée par le roi Béhanzin

À la fin de la seconde guerre franco-dahoméenne, les Français finissaient par l’emporter après avoir reçu le soutien des troupes de la Légion étrangère, armées de mitrailleuses. Dernières forces du roi à se rendre, les Amazones furent pour la plupart tuées au cours des 23 batailles de ce conflit. Leur détermination sans failles allait marquer durablement les esprits, certains légionnaires soulignant dans leurs écrits « leur audace et leur courage incroyable », et contribuer à faire évoluer l’image de la femme en Afrique. Nawi, la dernière des Amazones du Dahomey connue est morte en 1979.

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