Découvrez l’étonnante histoire de l’homme qui se cachait sous le costume du mythique Godzilla

Découvrez l’étonnante histoire de l’homme qui se cachait sous le costume du mythique Godzilla

Si vous n’aviez jamais entendu parler de l’acteur Haruo Nakajima auparavant, c’est probablement parce que son rôle le plus emblématique l’obligeait à revêtir un imposant et étouffant costume. Et pas n’importe quel costume, celui de Godzilla, la créature marine qui fit frémir des milliers de spectateurs dans un Japon d’après-guerre traumatisé par les bombardements atomiques.

L’HOMME SOUS LE COSTUME DE GODZILLA

Haruo Nakajima naît au Japon le 1er janvier 1929 dans la ville de Yamagata. Étant le troisième d’une fratrie de cinq, il sait qu’il n’héritera pas de la boucherie appartenant à son père (généralement transmise au fils aîné comme le veut la tradition), et décide de suivre des cours de théâtre à l’âge de 18 ans après avoir travaillé pendant une brève période comme chauffeur de camion pour les forces d’occupation alliées.

Haruo Nakajima en plein tournage (1954)

Nakajima démarre sa carrière au cinéma en travaillant comme cascadeur sur des films de samouraïs et joue notamment en 1954 dans Les Sept Samouraïs, mythique drame d’Akira Kurosawa. Mais pour comprendre l’origine de son étonnante trajectoire cinématographique, il faut remonter un an en arrière, lors du tournage du film Opération Kamikaze.

Dans le script, le personnage incarné par Nakajima doit sauter d’un avion en flammes, et lorsque le réalisateur Ishiro Honda voit l’acteur en action, il s’écrie : « Bon sang, ce type est bourré d’énergie ». Loin de passer inaperçue, la performance d’Haruo Nakajima va lui permettre d’endosser un an plus tard le costume du mythique Godzilla.

Des techniciens aident Nakajima à enfiler son lourd et étouffant costume sur le tournage de Godzilla (1954)

Dans le film original de 1954, des essais atomiques réalisés en mer troublent le sommeil d’une ancienne créature marine, et la bête fait ensuite des ravages sur le continent japonais. Comme Nakajima n’a au départ aucune idée de ce à quoi ressemblera le monstre marin ou de la façon dont il se déplacera, il se prépare pour ce rôle d’une manière plutôt inhabituelle.

L’affiche japonaise du premier Godzilla

L’homme décide de passer 10 jours dans un zoo afin d’étudier la démarche des éléphants, des singes, des gorilles et surtout des ours. Lors de ces longues journées d’observation, il emporte avec lui deux déjeuners. Le premier lui est destiné, tandis que le second est jeté aux ours, afin que Nakajima puisse étudier la façon dont ils s’en saisissent et le déchiquettent

Incarner Godzilla à l’écran est loin d’être une partie de plaisir. Le costume original est recouvert de béton (le caoutchouc est un produit effroyablement rare et coûteux dans le Japon d’après-guerre) et pèse près de 100 kilos.

À l’intérieur, il y règne une chaleur absolument étouffante, décuplée par la présence des puissants et encombrants projecteurs utilisés sur le plateau. Nakajima sue à grosses gouttes et manque plusieurs fois de perdre connaissance au fil des éreintantes journées de tournage.

DANS UN COSTUME PESANT PRÈS DE 100 KILOS, LES JOURNÉES DE TOURNAGE SONT ÉREINTANTES

Lorsque Godzilla arrive pour la première fois dans les salles obscures du Japon en 1954, un Nakajima anonyme se rend dans un cinéma de Tokyo afin d’assister à la projection et de découvrir les réactions du public. L’acteur affirmera d’ailleurs plus tard : « Quand le film a commencé à connaître le succès, j’étais sous le choc… et évidemment extrêmement heureux ».

Durant près de 20 ans, Nakajima enfile le costume de la créature marine et apparaît également dans des dizaines d’autres films de monstres géants, dans le cadre de son contrat avec la Toho, l’une des plus grandes maisons de production de cinéma japonais à l’origine de la franchise Godzilla.

À la suite du tournage de Godzilla vs. Hedorah en 1971, son contrat d’exclusivité n’est pas renouvelé, et il revêt pour la dernière fois le costume écailleux du monstre dans Godzilla vs. Gigan en 1972.

Toujours employé de la Toho, Nakajima gère à partir de 1973 le bowling des studios. Jusqu’à sa mort en 2017, il fait régulièrement des apparitions dans les volets de la prolifique saga cinématographique Godzilla, qui compte aujourd’hui plus d’une trentaine de longs-métrages.

Bien que Nakajima ait eu une carrière particulièrement prolifique au pays du soleil levant, il n’a malheureusement jamais été reconnu à sa juste valeur. Comme il l’expliquait en 2014 : « À l’époque, les comédiens en costume étaient assez mal vus. Ils étaient considérés comme des marionnettistes plutôt que comme de véritables acteurs ».

« LES COMÉDIENS EN COSTUME ÉTAIENT CONSIDÉRÉS COMME DES MARIONNETTISTES PLUTÔT QUE COMME DE VÉRITABLES ACTEURS »

Haruo Nakajima, costume de Godzilla sous le bras lors du tournage d’une scène du Retour de Godzilla (1955)

Durant les années 1950, ces films mettant en scène des monstres gigantesques ont marqué le début d’une nouvelle ère pour le genre fantastique, et c’est avant tout grâce au travail unique d’Haruo Nakajima que la créature mythique a pu prendre vie à l’écran. La franchise Godzilla est aujourd’hui devenue un phénomène mondial, en témoignent les adaptations hollywoodiennes réalisées en 1998 et en 2014.

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— @InseeFr