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Le risque des expériences génétiques est sérieux : un essai sur des moustiques frôle la catastrophe

En tentant de freiner leur reproduction, les scientifiques ont créé un nouveau type d’hybride dans la nature

En voulant éviter la prolifération des moustiques grâce aux modifications génétiques, des chercheurs ne s’attendaient pas à créer une nouvelle espèce hybride. C’est pourtant ce qui est arrivé au Brésil.

Le pire ennemi de l’homme

Le plus grand ennemi de l’homme n’est pas le requin, l’ours, le serpent, mais bien le moustique : il fait près de 750 000 morts par an. Les maladies menaçant l’homme qu’il transmet exposent quotidiennement la moitié de l’humanité. Ils se reproduisent rapidement, ennuient, démangent, tuent. 

Une des alternatives les plus prometteuses (et respecteuses de l’environnement) pour endiguer sa prolifération était de relâcher dans la nature des specimens génétiquement modifiés par le procédé de modification génétique CRISPR, afin d’empêcher ou de ralentir la reproduction de l’insecte (vous pouvez voir les papiers de 2018 de Slate et de Radio Canada ou encore celui du Monde, datant de 2016). Cependant, une étude de Yale publiée par le journal Scientific Reports, faisant le suivi des lâchers de moustiques modifiés en étudiant le génome des moustiques natifs et des moustiques relâchés, avant et régulièrement après le lâcher, rapporte que la relâche de moustiques génétiquement modifiés au Brésil aurait mené à une mutation inattendue de la population native. 

Un tournant inattendu à la lutte contre les maladies

Des dizaines de millions de moustiques mâles génétiquement modifiés Aedes aegypti ont été relâchés pendant plus de deux ans dans la ville de Jacobina au Brésil, au rythme de 450 000 toutes les deux semaines. Les femelles se reproduisant avec les mâles modifiés étaient censées engendrer des moustiques, mais dont la survie n’était pas possible, afin d’endiguer la diffusion du Zika, de la dengue et de la fièvre jaune.  Cependant, des échantillons testés par l’équipe d’étude révèlent que des membres de la population native gardaient des gènes de l’espèce modifiée : c’est-à-dire que celle-ci s’est reproduite, contrairement aux attentes initiales.  

Les résultats de l’étude montrent que même si seuls 3-4 % des moustiques engendrés par un spécimen modifié survivent, ceux-ci se reproduisent. Parallèlement, alors que la population de moustiques s’est d’abord réduite après le lâcher, les chiffres sont repartis à la hausse après 18 mois. Les chercheurs évoquent ainsi l’hypothèse que les femelles ont appris à reconnaître les spécimens modifiés, et ainsi ont cessé de les prendre comme partenaires. 

— moxumbic / Shutterstock.com

Une nouvelle espèce plus résistante ?

Quant aux moustiques issus du mélange, l’expérience les aurait rendus encore plus résistants aux traitements. Il nous semble nécessaire de mentionner ici que l’entreprise britannique à l’origine de la modification génétique, Oxitec, remet en question les résultats de l’étude et surtout l’éventualité que les moustiques deviennent plus résistants que les autres : en conclusion de l’étude originale, il est dit que des trois populations de moustiques (Brésil pour les natifs, et un mélange Cuba/Mexique pour les moustiques modifiés), formant une seule population tri-hybride, résultera « très probablement » une population plus résistante. Cependant, cette hypothèse n’est pas étayée par des preuves, et reste donc au stade de supposition concernant une situation future. 

Les scientifiques assurent que cette race tri-hybride ne pose pas de risque sanitaire supplémentaire, mais ne peuvent encore déterminer quelles sont les conséquences sur la transmission des maladies. Oxitec, dans une rencontre postérieure avec New Atlas, qui avait reporté la nouvelle, assure que la crainte de « vigueur hybride », phénomène amenant à un renforcement génétique d’une espèce hybride par rapport aux espèces d’origine, n’est pas encore fondée — et assure que les moustiques modifiés ne sont pas plus résistants aux insecticides que les autres. 

En attendant, une note est apparue sur l’étude initiale publiée par Scientific Reports, expliquant qu’une réponse future à ces critiques sera communiquée. 

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