Au cœur de Landerneau, dans le Finistère, une rue entière bordée de maisons et de boutiques franchit l’Elorn. Reconstruit en 1510, le pont de Rohan compte parmi les derniers ponts habités d’Europe et figure parmi les lieux uniques du patrimoine français. Après un effondrement partiel en 2021, l’ouvrage a obtenu le plus haut niveau de protection.

Reconstruit en pierre en 1510 par le vicomte Jean II de Rohan, le pont était rentabilisé par un droit de passage
Un premier franchissement de l’Elorn est attesté dès 1336, sans doute en bois, près d’un hôpital dédié à saint Georges. En 1510, le vicomte Jean II de Rohan fait reconstruire l’ouvrage, probablement en totalité. Il y ajoute un moulin et sans doute une prison.
Pour rentabiliser l’investissement, le seigneur instaure un péage sur le pont. Ainsi, chaque passage entre le pays de Léon et la Cornouaille rapporte à la famille de Rohan. Par ailleurs, Landerneau devient pendant trois siècles un carrefour du commerce des toiles de lin, produites dans les campagnes du Léon et exportées vers l’Angleterre, l’Espagne ou les Flandres, à l’image d’autres ports bretons prospères.
Au XVIIe siècle, des maisons se sont installées sur le pont, appuyées d’un côté sur l’ouvrage et de l’autre sur des pilotis
À partir du XVIIe siècle, des maisons s’élèvent sur le pont. Elles reposent d’un côté sur la maçonnerie et de l’autre sur des pilotis enfoncés dans le lit de la rivière. L’une d’elles, construite en 1639, possède ainsi des fondations directement dans l’Elorn.
Aujourd’hui encore, ces édifices des XVIIe et XIXe siècles abritent des logements et des commerces. Le pont a traversé plusieurs incendies, les marées et les crues, et une partie de la structure du XVIe siècle subsiste. Selon le ministère de la Culture, il forme avec le pont des Marchands de Narbonne l’exemple le plus emblématique de pont habité encore visible en France.
Placé là où la marée cesse de remonter, le pont sépare l’eau douce de l’Elorn de l’eau saumâtre de l’estuaire
Le pont occupe une position stratégique, au fond de l’estuaire de l’Elorn. En effet, il marque la limite de la marée, si bien que l’eau douce de la rivière rencontre à cet endroit l’eau saumâtre venue de la rade de Brest. Le niveau de l’eau sous les maisons varie donc au rythme des marées.
Cette situation explique en partie les contraintes subies par l’ouvrage depuis cinq siècles. Les pilotis et les maçonneries sont alternativement immergés et exposés à l’air. De plus, les crues de l’Elorn exercent régulièrement une forte pression sur les piles.
Après un effondrement partiel en août 2021, le pont de Rohan a été classé monument historique dans sa totalité
À l’été 2021, un pan de l’ouvrage cède au niveau de la zone habitée. L’événement rappelle brutalement la fragilité d’une construction vieille de plus de cinq siècles. Un diagnostic au géoradar, technique qui ausculte les maçonneries sans les démonter, est alors mené en 2021 et 2022.
Par la suite, l’État décide de protéger l’ensemble de l’ouvrage, par un arrêté daté du 28 novembre 2022 et officialisé en janvier 2023. Le pont figure désormais en totalité sur la liste des monuments historiques. Le pont n’était jusque-là qu’inscrit depuis 2010, à l’exception d’une maison classée dès 1929. Dès lors, tous les travaux d’entretien ou de restauration doivent préserver l’intérêt patrimonial qui a justifié cette protection.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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