Pendant des années, un radiotélescope australien a enregistré d’étranges impulsions ressemblant à des phénomènes venus du cosmos. Leur origine semblait insaisissable, jusqu’au jour où des astronomes ont découvert que le coupable se trouvait beaucoup plus près : dans une cuisine, à quelques centaines de mètres.

Pendant des années, Parkes a capté des signaux qui semblaient venir des profondeurs du cosmos
Tout commence dans les archives du radiotélescope de Parkes, en Australie. Depuis 1998, l’instrument enregistre des impulsions radio extrêmement brèves et particulièrement intrigantes. Les chercheurs finiront par en recenser 46. Surtout, un épisode les déroute : le 23 juin 1998, seize signaux surgissent en seulement sept minutes.
Les astronomes donnent alors à ces phénomènes le nom de « perytons », en référence à une créature mythologique. Leur comportement intrigue surtout parce qu’il imite celui d’un signal astrophysique ayant traversé le plasma de l’espace. En effet, pendant quelques millisecondes, les fréquences n’arrivent pas toutes simultanément et produisent ainsi une signature étonnamment convaincante.
Les perytons ressemblaient assez aux véritables FRB pour semer un sérieux doute
Le problème devient pourtant plus embarrassant après la découverte des sursauts radio rapides, ou FRB. Ces puissants éclairs radio proviennent de distances astronomiques. Or, les perytons leur ressemblent suffisamment pour soulever une question gênante : certains signaux attribués au cosmos pourraient-ils finalement n’être que de banales interférences terrestres ?
Cependant, les astronomes disposent d’un indice. Les 13 faisceaux du récepteur de Parkes captent les perytons simultanément, un comportement inhabituel pour une source céleste ponctuelle. Quelque chose semble donc rayonner à proximité. Dès lors, il reste à identifier le coupable dans un environnement où le moindre équipement électronique peut devenir suspect.
Le déclic arrive finalement début 2015. Un nouveau système chargé de surveiller les interférences radio repère une émission comprise entre 2,3 et 2,5 GHz chaque fois que certains perytons apparaissent. Cette fréquence change aussitôt l’enquête : elle correspond justement à une bande utilisée par plusieurs appareils courants, dont un objet présent presque partout.
En mars 2015, les astronomes ouvrent un four à micro-ondes et le mystère s’effondre
Les chercheurs tournent alors leurs soupçons vers les fours à micro-ondes du site. Ils commencent par les faire fonctionner normalement, mais rien ne se passe. Puis, le 17 mars 2015, l’équipe tente une manipulation presque dérisoire après des mois d’enquête : ouvrir la porte avant la fin du programme.
Cette fois, le radiotélescope réagit. La manipulation produit trois perytons avec le four de la cuisine du personnel, exactement au moment de l’ouverture. Ensuite, les chercheurs répètent l’expérience avec un autre appareil du centre des visiteurs et obtiennent six signaux supplémentaires. Toutefois, le phénomène apparaît seulement lorsque la géométrie entre le four et le récepteur s’y prête.
L’explication se cache dans le magnétron, le composant qui produit les micro-ondes. Lorsque quelqu’un ouvre prématurément la porte, sa phase d’arrêt peut laisser échapper brièvement une émission radio. Ainsi, Parkes capte une partie de cette énergie autour de 1,4 GHz, qui prend alors l’apparence trompeuse d’une impulsion dispersée venue du ciel.
L’histoire du micro-ondes a finalement rendu les véritables signaux cosmiques plus crédibles
L’affaire aurait pu rester une simple plaisanterie de laboratoire. Pourtant, elle apporte une information scientifique essentielle. Dans leur étude publiée en 2015 dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, Emily Petroff et ses collègues établissent notamment que ces fours ne peuvent pas expliquer le célèbre FRB 010724, découvert grâce à Parkes.
La différence devient alors fondamentale. En identifiant précisément une source d’interférence locale, les scientifiques peuvent mieux distinguer les phénomènes qui ne partagent pas ses caractéristiques. Depuis, de nombreux instruments ont observé des FRB et les astronomes ont relié certains d’entre eux à des galaxies lointaines. Ainsi, le faux signal de Parkes a finalement contribué à consolider l’étude des vrais.
Surtout, cet épisode rappelle toute la difficulté de la radioastronomie moderne. Ces instruments traquent des émissions extraordinairement faibles dans un monde saturé de télécommunications et d’électronique. Par conséquent, un appareil domestique peut perturber une machine capable d’écouter l’Univers. Et parfois, avant de chercher une explication à des milliards d’années-lumière, il faut simplement regarder du côté de la cuisine.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: micro ondes, radioastronomie, sursauts radio rapides
Catégories: Sciences, Actualités