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Aucune tempête n’a englouti cette station thermale des empereurs romains : le sol s’est enfoncé pendant deux millénaires

Sur la côte napolitaine, la ville de Baïes accueillait les bains des plus riches Romains, dont César, Auguste et Néron. Sa partie basse repose aujourd’hui sous plusieurs mètres d’eau, non pas submergée par une catastrophe soudaine, mais engloutie par un affaissement géologique étalé sur près de deux mille ans.

Ruines romaines englouties de Baïes avec colonnes antiques et vaste sol en mosaïque préservé sous la mer.
Sous les eaux du golfe de Naples, les mosaïques et colonnes de Baïes témoignent d’une cité romaine lentement engloutie par le bradyséisme pendant des siècles. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Le point de chute favori des élites de Rome : sources sulfureuses, villas de luxe et thermes privés

Dès le IIe siècle avant J.-C., les sources sulfureuses de Baïes attirent une clientèle fortunée. Rapidement, des généraux et des sénateurs y font construire de luxueuses résidences. La cité devient alors très populaire. Elle éclipse même Pompéi dans le domaine des loisirs.

Parmi ces illustres propriétaires, l’orateur Cicéron y possédait une villa avec ses propres thermes. D’ailleurs, des archéologues sous-marins viennent de retrouver ce site. Les fouilles révèlent un sol en mosaïque intact. Ce dernier est encore soutenu par des suspensurae, un système antique qui faisait circuler l’air chaud sous les pièces.

Le bradyséisme, un phénomène géologique qui a englouti la ville sans un seul cataclysme

Ce naufrage porte un nom scientifique : le bradyséisme. Ce mouvement du sol touche les zones volcaniques comme les Champs Phlégréens, où une chambre magmatique proche de la surface fait monter ou descendre la croûte terrestre. Lent à l’échelle humaine, rapide à l’échelle géologique, ce phénomène peut se répéter en cycles sur plusieurs siècles.

Entre le IIIe et le XVIe siècle, ce mouvement fait sombrer, morceau par morceau, la moitié basse de Baïes. Des tremblements de terre et une reprise de l’activité volcanique achèvent ensuite le processus : entre le XVIe et le XVIIIe siècle, l’essentiel de la cité disparaît sous la mer Tyrrhénienne.

Le nymphée de Claude, salle de banquet impériale décorée de statues, illustre cette lenteur. Il repose désormais à environ cinq mètres de fond, près de la Punta Epitaffio, colonnes toujours debout et mosaïques encore visibles, un aperçu direct de ce que la mer a préservé plutôt que détruit.

Une résistance vouée à l’échec, puis un site protégé comme aire marine depuis 2002

Certains occupants avaient anticipé le danger. Sur un site thermal du parc, des colonnes couchées volontairement servaient de rempart de fortune contre la montée des eaux. Une tentative vaine : face à une chambre magmatique, aucun aménagement ne pouvait inverser durablement le mouvement du sol.

Depuis 2002, ce site englouti bénéficie d’un statut d’aire marine protégée, décrété conjointement par les ministères italiens de l’Environnement et de la Culture. On y accède en plongée, en palmes-masque-tuba, ou depuis un bateau à fond transparent qui glisse au-dessus des rues pavées et des statues immergées.

Un chantier sous-marin qui continue de révéler les secrets de Baïes en 2025

En 2025, une équipe a achevé l’exploration d’un complexe thermal exceptionnellement conservé, à trois mètres de profondeur dans le Portus Iulius. Les indices retrouvés sur place laissent penser qu’il pourrait appartenir à la villa de Cicéron, une hypothèse encore à l’étude.

La pièce identifiée est un laconicum, une étuve romaine, avec un sol en mosaïque partiellement recouvert de concrétions. Les prochains travaux, prévus à l’automne, doivent nettoyer cette mosaïque et étudier des traces de peinture murale qui ont traversé les siècles sous l’eau sans disparaître.

Le contraste avec Pompéi est net. La cité vésuvienne a été carbonisée en quelques heures ; Baïes s’est enfoncée sur des siècles, assez doucement pour garder ses couleurs et l’inclinaison d’origine de ses colonnes. Le sol des Champs Phlégréens continue de bouger, sans que personne sache s’il fera remonter la ville ou l’enfoncera davantage.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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