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Une protéine de tardigrade réduit les dégâts des radiations sur l’ADN humain, du laboratoire aux tests sur souris du MIT

Un animal minuscule inspire des essais biomédicaux. La protéine Dsup, issue du tardigrade, limite les dégâts causés par les rayons X dans des cellules humaines. Désormais, le MIT teste une version courte chez la souris, avec une règle simple : protéger le tissu sain, jamais la tumeur.

Tardigrade isolé observé au microscope sur fond neutre, corps translucide détaillé.
Vue au microscope d’un tardigrade, organisme microscopique étudié pour sa résistance exceptionnelle aux conditions extrêmes. Cette image accompagne les recherches sur la protéine Dsup et la protection de l’ADN. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Le tardigrade offre une piste concrète pour limiter les dégâts sur l’ADN

Le tardigrade mesure souvent moins de 1 mm, selon le Muséum national d’Histoire naturelle. Pourtant, certaines espèces supportent des doses de radiation très élevées. Des essais cités par l’institution évoquent 5 700 grays de rayons X, quand 4 grays peuvent être mortels chez l’humain.

Cette différence ne fait pas de l’ourson d’eau un modèle prêt à copier. Elle révèle plutôt une défense biologique utile à étudier. La cryptobiose, c’est une vie mise au ralenti. Grâce à cet état, l’animal attend de meilleures conditions. Dsup agit, elle, plus près du matériel génétique.

Dsup se pose comme une couche souple autour de la double hélice

Dsup vient de Damage suppressor, que l’on peut traduire par suppresseur de dégâts. Cette protéine se fixe à la chromatine, c’est-à-dire l’ADN avec ses protéines de rangement. Ainsi, l’image la plus claire ressemble à une housse souple autour d’un câble fragile.

En 2016, l’équipe de Takuma Hashimoto, à l’université de Tokyo, a publié ses résultats dans Nature Communications. Des cellules humaines modifiées pour fabriquer Dsup ont subi environ 40 % de dégâts en moins après une exposition aux rayons X.

Pour comprendre l’intérêt, il faut regarder l’effet des radiations ionisantes. Elles arrachent des électrons aux molécules traversées. Ensuite, elles peuvent casser l’ADN ou créer des radicaux hydroxyles, de petits fragments très réactifs. Dsup semble donc amortir une partie du choc.

Le MIT teste un usage bref avant radiothérapie avec un ARN messager

La piste suivie par le MIT évite de changer le génome de façon durable. L’ARN messager, ou ARNm, sert de notice temporaire pour fabriquer une protéine. Ensuite, cette notice disparaît. Dans ce cas, des nanoparticules l’amènent vers une zone précise.

L’équipe menée par le professeur Giovanni Traverso a injecté ces particules dans la joue ou le rectum de souris avant irradiation. Résultat annoncé : 50 % de cassures double brin en moins dans les tissus ciblés après une dose proche d’une séance de radiothérapie.

Le défi reste de doser une protection locale et réversible

La radiothérapie vise l’ADN des cellules cancéreuses. Par conséquent, un bouclier trop large poserait problème. Le MIT indique que l’effet observé restait près du point d’injection. Ce détail compte, car le traitement doit continuer à atteindre la zone tumorale.

La prudence reste donc nécessaire. Une étude publiée en 2023 a montré que Dsup pouvait entrer dans le noyau de neurones corticaux et favoriser une neurotoxicité. Ce mot désigne un effet nocif sur les cellules nerveuses. Pour l’humain, ce signal impose des tests stricts.

Un autre résultat, publié en 2025 dans Nature Communications, ouvre tout de même une autre piste. Chez la levure Saccharomyces cerevisiae, Dsup réduit les dégâts oxydatifs sur l’ADN et prolonge la survie sous stress chronique. Pour l’instant, la protéine reste un outil de recherche.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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