L’eau revient là où les routes l’avaient bloquée. Dans le sud de la Floride, les Everglades testent un chantier patient après avoir perdu environ la moitié de leur système historique. Le vieux réseau de canaux peut être corrigé si le marais retrouve son rythme lent vers le sud.

Un marais géant réduit de moitié par un siècle d’aménagements
Classé par l’UNESCO, le parc national des Everglades protège l’extrémité sud d’une large rivière d’herbes. Le National Park Service rappelle que le système historique dépassait 4 millions d’acres, soit environ deux fois la Corse entière.
Depuis 1900, les drains, digues et canaux ont réduit ce territoire d’environ moitié. Cette perte ne tient pas seulement à une surface disparue. Elle a aussi cassé l’écoulement en nappe, ce mouvement très lent qui étale l’eau comme une nappe tirée sur une table.
Les routes et les canaux ont changé le trajet naturel de l’eau
Au début du XXe siècle, l’État de Floride veut protéger les villes, ouvrir des terres agricoles et limiter les débordements du lac Okeechobee. Les ingénieurs envoient alors une partie de l’eau vers l’Atlantique, au lieu de la laisser filer vers le sud.
Le Tamiami Trail, route ouverte en 1928 entre Tampa et Miami, a ajouté une barrière presque horizontale dans le marais. Comme un seuil de porte trop haut, la chaussée retenait l’eau douce au nord et privait le parc d’un flux régulier.
Après les ouragans des années 1940, le dispositif s’est encore durci avec le Central and Southern Florida Project. Ce réseau de barrages, pompes et canaux a sécurisé des zones habitées, mais il a aussi accéléré l’assèchement et concentré la pollution agricole.
La salinité et le phosphore en excès fragilisent les herbiers, les poissons et les oiseaux
La salinité désigne la quantité de sel dissous dans l’eau. Quand moins d’eau douce atteint les estuaires, la mer remonte plus facilement dans les mangroves et la baie. Ce changement modifie les herbiers, les poissons et les oiseaux qui dépendent d’un mélange stable.
Le phosphore, nutriment utile aux plantes, devient problématique quand il arrive en excès depuis les cultures. Dans un marais pauvre en nutriments, quelques apports répétés peuvent favoriser d’autres végétaux que les herbes locales, comme un engrais mal dosé dans un aquarium.
Le plan CERP répare le flux d’eau douce, chantier après chantier
Le Congrès américain a adopté en 2000 le Comprehensive Everglades Restoration Plan, ou CERP. Ce plan fédéral et floridien associe l’US Army Corps of Engineers et le South Florida Water Management District. Il vise à rétablir quantité, qualité, calendrier et répartition de l’eau.
Le chantier avance par pièces. Des ponts relèvent certains tronçons du Tamiami Trail, des canaux sont comblés, des zones de stockage retiennent l’eau avant de la filtrer. Le partenariat fonctionne à 50-50 entre l’État de Floride et le gouvernement fédéral.
Le programme reste long, coûteux et exposé au climat. Le National Park Service évoque plus de 10,5 milliards de dollars et une durée supérieure à 35 ans. Dans le marais, le résultat mesurable reste le même : plus d’eau propre descend vers le sud.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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