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Privé de la moitié de son bec, ce perroquet néo-zélandais a fait de son handicap une véritable force

Une résilience remarquable

— © Alex Grabham / CC-BY

Il y a un peu plus d’une décennie, l’avenir s’avérait sombre pour un jeune perroquet néo-zélandais estropié et chétif. Déjouant tous les pronostics, Bruce s’est aujourd’hui imposé comme un mâle dominant.

L’ascension inattendue de Bruce

Trouvé en 2013 dans la région de Canterbury, ce jeune kea (Nestor notabilis) avait perdu la partie supérieure de son bec dans des circonstances obscures. L’espèce étant considérée comme menacée, l’oiseau a été pris en charge par les équipes de la réserve naturelle de Willowbank, près de la ville de Christchurch.

Si ses soigneurs pensaient initialement avoir affaire à une femelle, baptisée Kati, des analyses ADN ont révélé qu’il s’agissait en fait d’un mâle. Renommé Bruce, celui-ci n’a pas tardé à s’imposer au sein du groupe de keas de Willowbank, constitué de neuf mâles et trois femelles.

Selon Ximena Nelson, de l’université de Canterbury, Bruce a fait de son handicap une véritable force, utilisant la partie inférieure de son bec, droite et acérée, comme une arme. « Bien que les autres mâles soient nettement plus massifs [dépassant généralement le kilo], leur mandibule supérieure, arrondie, la recouvre », détaille la chercheuse. « Leurs coups de bec n’ont définitivement pas le même impact que ceux de Bruce. »

Impliqué dans 36 des 162 interactions agressives documentées chez les keas mâles de Willowbank, le résilient perroquet en sortait systématiquement vainqueur. Autres preuves de son statut : il bénéficiait d’un accès prioritaire aux quatre mangeoires de l’enclos, et recevait également des soins d’individus de rang inférieur, l’aidant notamment à nettoyer le bas de son bec ou à lisser ses plumes. « Un traitement unique au sein de l’enclos », précise Nelson.

— © Ximena Nelson / CC-BY

Un statut bien établi

Des analyses sanguines ont révélé des niveaux de corticostérone (hormone du stress) nettement moindres chez Bruce que chez les autres mâles. D’après les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Current Biology, son statut était si bien établi qu’il n’avait besoin de faire preuve d’agressivité qu’une fraction du temps documenté chez ses rivaux.

« Exception faite des humains, il s’agit du premier exemple d’un individu physiquement très diminué capable d’atteindre et de conserver un statut de mâle dominant uniquement grâce à une adaptation comportementale », écrivent les chercheurs.

« Un handicap n’est pas toujours une faiblesse, et dans le cas de Bruce, le doter d’une prothèse de bec l’aurait probablement desservi », souligne Nelson. « J’aime beaucoup cet oiseau, qui se bat avec détermination lorsque cela est nécessaire, mais ne harcèle pas les autres mâles. »

Plus tôt cette année, des comportements improbables avaient été documentés chez des kakapos mâles, autre espèce de perroquet néo-zélandaise.

Par Yann Contegat, le

Source: New Scientist

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