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Traiter son animal contre les tiques détruit le sol : l’impact oublié de ces molécules sur les insectes essentiels

On traite nos animaux contre les tiques pour leur bien. Mais ce geste banal cache un impact écologique insoupçonné : les molécules utilisées, en se retrouvant dans la nature, perturbent les insectes décomposeurs du sol et fragilisent tout un écosystème invisible mais essentiel à notre survie.

Application d’un traitement antiparasitaire contre les tiques sur un chien à l’aide d’une pipette
Un traitement antiparasitaire appliqué sur un chien : un geste banal, aux conséquences environnementales encore peu connues – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Les antiparasitaires pour animaux de compagnie : une pollution involontaire mais omniprésente dans nos parcs et jardins

Chaque mois, je donne à mon chien une pipette contre les tiques. Un geste banal, prescrit sans hésitation, que j’ai longtemps vu comme une routine sanitaire indispensable. Mais j’ignorais qu’en traitant ainsi mon compagnon, j’envoyais aussi dans la nature des molécules actives capables de survivre longtemps hors de son corps. Un effet secondaire invisible et durable.

Selon une étude de VetAgro Sup, ces molécules — en particulier les isoxazolines — sont excrétées non seulement dans les selles, mais aussi par l’urine et les poils. Autrement dit, dès que mon chien sort, il dissémine, sans que je le sache, des résidus neurotoxiques dans son environnement immédiat. Une contamination diffuse, silencieuse, que rien ne filtre.

Et c’est là que tout bascule. Car ces substances, conçues pour éliminer les tiques et puces, n’ont aucun discernement une fois libérées dans la nature. Elles s’attaquent aussi à des insectes non ciblés, mais essentiels : les insectes coprophages. Des alliés de l’ombre, sans qui le cycle naturel des sols s’enraye. Leur disparition affaiblit toute la biodiversité.

Comment les excréments traités aux isoxazolines affectent les insectes coprophages et la chaîne de recyclage naturelle

Les scientifiques ont suivi pendant trois mois les excréments de chiens et chats traités. Le constat ? Les molécules antiparasitaires persistent bien au-delà de la période de traitement. Quand mon chien fait ses besoins dans un parc, ses crottes, même ramassées, laissent des traces chimiques. Et ce sont les insectes coprophages — bousiers, coléoptères, mouches — qui en font les frais.

Ces insectes, ce sont les éboueurs du sol. Ils décomposent les matières organiques, enrichissent les terres, limitent la prolifération des maladies. En étant exposés à ces résidus, ils subissent paralysies, troubles neurologiques, voire la mort. Une catastrophe silencieuse, qui affaiblit la chaîne du vivant sous nos pieds.

Une réglementation qui protège nos animaux mais ignore l’impact sur les insectes non ciblés et la biodiversité fonctionnelle

Ce qui m’a sidéré, c’est que ces produits, pourtant puissants neurotoxiques pour les arthropodes, n’ont pas été soumis aux mêmes évaluations environnementales que les pesticides agricoles. Pourquoi ? Parce qu’ils sont destinés aux animaux de compagnie, pas aux champs. Pourtant, leurs effets diffus dans l’environnement sont tout aussi préoccupants.

Les isoxazolines, comme le fluralaner ou l’afoxolaner, sont efficaces et persistantes. Elles ne se dégradent pas rapidement, et s’accumulent dans le sol si les traitements sont réguliers. On se retrouve avec une pollution chronique, indétectable à l’œil nu, mais bien réelle pour les écosystèmes.

Une simple molécule antiparasitaire peut déséquilibrer toute la vie du sol, jusqu’aux oiseaux et amphibiens insectivores

La mort des insectes coprophages, ce n’est pas juste une anecdote entomologique. Elle provoque un effet boule de neige. Moins de décomposeurs, c’est moins de recyclage de matière organique, donc plus de déchets persistants, moins de nutriments pour les plantes, une aération du sol ralentie, et une biodiversité du sol qui s’effondre.

Et ce n’est pas tout : les oiseaux insectivores, les amphibiens, les petits mammifères qui dépendent de ces insectes voient aussi leur nourriture se raréfier. On touche là à un déséquilibre écologique global, déclenché par un petit comprimé avalé par Médor ou Minette.

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