
La présence de plaques osseuses cutanées chez les varans australiens modernes indique une forme d’évolution « à rebours », semblant défier une célèbre loi proposée par le paléontologue belge Louis Dollo à la toute fin du XIXe siècle.
(Ré)évolution
Indissociable de la théorie moderne de l’évolution, la loi de l’irréversibilité de Dollo stipule qu’une spécialisation des espèces s’accompagne d’une diminution des mutations qui pourraient les faire évoluer, rendant extrêmement improbable le retour des caractéristiques ou organes « perdus » au cours de leur histoire.
Publiés dans le Biological Journal of the Linnean Society, de récents travaux ont établi une cartographie génétique sans précédent de l’évolution des ostéodermes ches les reptiles. Couvrant une période de 320 millions d’années, elle fait des varans australiens, ou goannas, de nouveaux « cas limites ».
Liée à un mode de vie plus actif, la perte initiale de ces structures osseuses assez massives s’est produite chez les ancêtres de goannas. Elles ont fait leur grand retour lorsque leurs descendants ont atteint l’Australie, il y a environ 20 millions d’années, coïncidant avec une aridification marquée du climat local.
Selon les chercheurs, il est probable que les ostéodermes aient contribué à limiter la perte d’eau, tout en offrant aux varans une protection précieuse dans les environnements plus ouverts où ils évoluaient.

Un autre débat centenaire
Contribuant à éclairer l’évolution des reptiles, l’étude permet également de clore un débat centenaire.
Alors que les biologistes ont longtemps supposé que les lézards dotés d’ostéodermes les avaient hérités d’un ancêtre commun, les analyses génétiques révèlent des structures ayant évolué indépendamment au sein de plusieurs lignées remontant au Jurassique et au Crétacé, correspondant à l’ère des dinosaures.
Pour Roy Ebel, de l’université nationale australienne, la découverte du seul cas connu de réévolution des ostéodermes reptiliens illustre également l’importance de l’Australie, « où les marsupiaux dominent et les mammifères pondent des oeufs », pour les biologistes évolutionnaires.
Fin 2024, des chercheurs avaient documenté une forme d’évolution à rebours chez des fougères.
Par Yann Contegat, le
Source: Connect Sci
Étiquettes: évolution, reptile
Catégories: Actualités, Histoire