
De nouvelles données contribuent à éclairer les origines du « trou gravitationnel » de l’Antarctique, mettant en évidence l’influence de lents mouvements de roches au sein du manteau terrestre.
Retracer l’histoire de la « dépression du géoïde antarctique »
La Terre n’est pas une sphère parfaitement homogène : sa densité interne varie d’une région à l’autre. Là où les matériaux sont moins denses, l’attraction gravitationnelle est plus faible, ce qui se traduit par des anomalies négatives. Le plus grand « trou gravitationnel » s’étend sur plus de trois millions de kilomètres carrés dans l’océan Indien, tandis que le plus fort se cache sous l’Antarctique.
Afin de retracer l’histoire de cette anomalie australe, ou « dépression du géoïde antarctique », des géophysiciens ont combiné données sismiques et modélisations de la dynamique interne de la Terre.
Détaillés dans la revue Scientific Reports, leurs résultats correspondent étroitement aux mesures gravitationnelles par satellite, suggérant que cette anomalie trouve son origine dans des processus mantelliques anciens et profonds.
Selon cette nouvelle cartographie, le trou gravitationnel de l’Antarctique existerait depuis au moins 70 millions d’années, à la fin du Crétacé. Il aurait commencé à s’intensifier il y a entre 50 et 30 millions d’années, une période marquée par d’importants mouvements tectoniques et bouleversements climatiques.

Interactions complexes
La glaciation permanente de l’Antarctique a débuté il y a environ 34 millions d’années, avec une baisse du dioxyde de carbone atmosphérique entraînant un refroidissement global de la planète. Parallèlement, la mise en place du courant circumpolaire antarctique a progressivement isolé le continent des eaux chaudes, favorisant l’extension des calottes glaciaires.
Selon les auteurs de la nouvelle étude, la lente déformation du manteau terrestre (situé entre le noyau et la croûte) a modifié la répartition des masses en profondeur, influençant le champ gravitationnel et la topographie régionale sur des dizaines de millions d’années. Ces processus géodynamiques ont ainsi pu contribuer aux variations du niveau relatif des océans et aux conditions favorables à l’englacement du continent.
Plus largement, ces travaux illustrent la complexité des interactions entre atmosphère, océans et dynamique interne. Les découvertes réalisées vont également contribuer à affiner nos modèles et ainsi mieux prédire l’évolution du changement climatique.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
Étiquettes: terre, antarctique, anomalie
Catégories: Sciences, Actualités